L'inflation menace de 'manger' l'augmentation salariale : trois comparaisons pour savoir ce qui se passe avec le pouvoir d'achat

Le chiffre définitif de juillet 2026 est de 3,6 %. Le salaire brut annuel a augmenté de 3,1 % en 2025 contre 2,9 % de l'IPC, tandis que les conventions signées en 2026 montrent des différences selon leur domaine et l'OCDE avertit que les salaires réels restent en dessous de 2021.

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Grandes chiffres qui occupent des titres et invitent à faire l'éloge du Gouvernement pour sa gestion économique. En parallèle, d'autres montants, pas si vastes –mais avec une influence plus grande sur 'les choses à manger'– qui diminuent le portefeuille du citoyen. Du parangon émane une distorsion évidente : bien que l'Espagne traverse un bon moment en termes macroéconomiques, cela ne se traduit pas par une amélioration de la qualité de vie (au contraire). Et l'une des raisons doit être cherchée dans l'inflation, puisque la hausse des salaires se heurte à l'augmentation cumulée des biens et services.

L'IPC s'est situé en juillet à 3,6%, selon le chiffre définitif donné par l'Institut National de Statistique (INE). Quatre dixièmes au-dessus des 3,2% enregistrés en juin. L'inflation avait commencé 2026 à 2,3%, a augmenté jusqu'à 3,4% en mars et est restée ensuite à 3,2% pendant avril, mai et juin. Les 3,6% de juillet représentent donc le niveau le plus élevé depuis mars.

En 2025, les salaires ont dépassé l'inflation, mais de peu

Une première comparaison permet de mettre en contexte l'évolution des salaires durant l'année passée. Le salaire brut annuel par travailleur a atteint 28.410,78 euros en 2025, soit 3,1% de plus qu'en 2024, selon l'Enquête Annuelle de Coût du Travail de l'INE.

L'IPC a clôturé 2025 à 2,9%, de sorte que l'augmentation du salaire brut annuel moyen est restée deux dixièmes au-dessus de l'inflation enregistrée en décembre. En prenant ces deux références, la croissance salariale a légèrement dépassé l'augmentation des prix à la clôture de l'année.

La comparaison a une limitation qu'il convient de prendre en compte : le 3,1% mesure combien le salaire brut annuel moyen a augmenté entre 2024 et 2025, tandis que le 2,9% reflète la variation des prix entre décembre 2024 et décembre 2025. C'est pourquoi, les deux chiffres permettent d'observer la relation entre salaires et inflation, mais ne permettent pas de calculer directement combien le pouvoir d'achat de chaque travailleur a augmenté ou diminué.

Les conventions de 2026 laissent une photographie inégale

Les données de la Statistique des Conventions Collectives de Travail montrent une autre perspective. Parmi les conventions signées en 2026, la hausse salariale moyenne convenue est de 3,76% (au-dessus de 3,6%). Au total, ce sont 460 conventions qui affectent 1.136.238 travailleurs, selon les données recueillies par la statistique du Ministère du Travail.

Mais ce pourcentage change en fonction du domaine de la convention. Les 321 conventions d'entreprise signées en 2026, qui concernent 76.736 travailleurs, prévoient une augmentation moyenne de 2,97 %. Les trois conventions de groupe d'entreprises, avec 1.193 travailleurs concernés, prévoient une augmentation de 3,47 %. Dans les 136 conventions sectorielles, qui concernent 1.058.309 travailleurs, l'augmentation moyenne atteint 3,82 %.

La comparaison avec les 3,6 % d'inflation de juillet laisse ainsi trois situations différentes. Les conventions d'entreprise sont 0,63 points en dessous de l'IPC et celles de groupe d'entreprises sont également inférieures (-0,13). Les conventions sectorielles, en revanche, dépassent l'inflation de 0,22 points.

Il ne s'agit cependant pas d'une comparaison exacte. L'IPC mesure l'évolution des prix entre juillet 2025 et juillet 2026, tandis que la statistique des conventions recueille les variations salariales convenues dans les accords enregistrés durant 2026. De plus, une augmentation salariale convenue dans une convention n'implique pas nécessairement que tous les travailleurs concernés aient déjà vu cette augmentation appliquée à leur salaire.

Les salaires réels ont augmenté de 2 %, mais restent en dessous de 2021

Le troisième chiffre analysé par Demócrata permet de mesurer directement ce qui s'est passé avec le pouvoir d'achat des salaires. L'OCDE indique dans son rapport Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2026 que les salaires réels en Espagne ont augmenté de 2 % au cours de la dernière année. Étant donné qu'il s'agit de salaires réels, ce chiffre prend déjà en compte l'effet de l'inflation : ce n'est pas une augmentation salariale nominale à laquelle il faudrait ensuite soustraire l'évolution de l'IPC.

La comparaison faite par l'organisation prend comme référence le premier trimestre de 2026 par rapport à la même période de 2025. Par conséquent, ce 2 % ne signifie pas que les salaires réels ont augmenté de 2 % pendant toute l'année 2025 ni ne peut être comparé directement avec les 2,9 % avec lesquels l'inflation a terminé cette année-là. Ce qu'il montre, c'est qu'après avoir déduit l'évolution des prix, les salaires ont récupéré une partie de leur pouvoir d'achat au cours de la dernière année analysée.

Malgré cette amélioration, la reprise reste incomplète : l'OCDE estime que les salaires réels en Espagne étaient encore 2 % en dessous de leur niveau du premier trimestre de 2021. L'organisme place ainsi l'Espagne parmi les pays de l'OCDE où le pouvoir d'achat des salaires a le plus reculé depuis lors.

Les prévisions pour 2026 et 2027 ne sont pas non plus celles d'une forte reprise

L'OCDE n'attend pas non plus de reprise significative des salaires réels dans les deux prochaines années. Sa prévision pour l'Espagne indique un stagnation des salaires réels durant 2026 et 2027, dans un scénario marqué par de nouvelles pressions sur les prix et par une croissance de la productivité du travail qui a été faible au cours de la dernière décennie.

L'organisation souligne également que les augmentations importantes du salaire minimum ont protégé contre l'inflation les travailleurs à faibles revenus, mais considère que cela coexiste avec une stagnation plus large des salaires dans une grande partie du marché du travail. L'évolution de la productivité sera un autre des facteurs déterminants pour que les citoyens puissent récupérer une capacité d'achat de manière soutenue.