La réforme des retraites approuvée en 2011 a déjà entraîné un report moyen d'environ 8,1 mois dans l'âge effectif de départ à la retraite parmi les travailleurs concernés par la norme et est associée à une augmentation de la mortalité prématurée, surtout chez les hommes. C'est ce que conclut une étude de Fedea, de l'Université Pompeu Fabra (UPF) et de la Barcelona School of Economics (BSE), qui utilise des informations administratives de la Sécurité Sociale.
L'analyse, signée par Sergi Jiménez-Martín à partir de l'Échantillon Continu de Vies Professionnelles (MCVL), mesure pour la première fois les effets causals de la Loi 27/2011, qui a progressivement relevé l'âge légal de la retraite de 65 à 67 ans et a subordonné le départ à 65 à disposer de carrières de cotisation longues.
Selon les résultats, la réforme a provoqué un changement significatif dans le modèle de sortie de l'emploi : la probabilité de prendre sa retraite au-delà de 65 ans augmente de 26,7 points de pourcentage, tandis que la retraite à 65 ans diminue de 10,3 points et les départs anticipés se réduisent de 17,7 points.
Le travail fait la distinction entre ceux qui ont des carrières longues — qui conservent l'option de prendre leur retraite à 65 ans — et ceux qui n'accumulent pas les années de cotisation nécessaires et font face à un âge légal croissant. La comparaison entre ces groupes permet d'isoler l'effet direct de la réforme sur le comportement de retraite.
Le rapport détecte également un impact très différent selon le sexe. Les femmes représentent 62 % du groupe concerné, contre 29 % du groupe de référence, et ce sont celles qui retardent le plus leur départ (10 mois, contre 3,1 mois chez les hommes). Cet écart est lié à des trajectoires professionnelles plus courtes et discontinues, ce qui, selon Fedea, finit par élargir l'inégalité de genre dans les retraites.
Sur le plan sanitaire, la recherche conclut que la réforme augmente la mortalité prématurée — entre 60 et 67 ans — de 1,6 point de pourcentage chez les hommes, soit environ le double que chez les femmes. Ce résultat est lié à la prolongation de l'activité dans des occupations physiquement exigeantes, comme la construction ou l'industrie, et non à une diminution des revenus, car la richesse en retraites ne se réduit pas de manière différentielle entre les groupes analysés.
Les auteurs avertissent, néanmoins, qu'il s'agit d'une estimation partielle, puisque seules les cohortes nées entre 1948 et 1957 sont étudiées, qui ont affronté des augmentations de l'âge légal allant jusqu'à 14 mois. Le calendrier d'application de la réforme ne se termine pas avant 2027, lorsque le retard sera consolidé jusqu'à 67 ans pour ceux qui n'ont pas accumulé 38,5 ans de cotisations.
Dans cette ligne, l'étude prévoit que l'effet final sera plus intense, étant donné que les générations suivantes subiront des augmentations allant jusqu'à 24 mois. De plus, elle souligne l'opportunité d'analyser des formules alternatives qui intègrent la densité de cotisation ou les conditions du poste de travail afin d'atténuer les effets régressifs et les risques pour la santé identifiés.