Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a annoncé que dans le pays "il n'y aura plus d'élections", une phrase qui marque un nouveau saut dans la dérive autoritaire du régime sandiniste et qui laisse sans horizon électoral l'opposition. L'annonce a eu lieu lors de la commémoration de la Révolution Sandiniste, lors d'un acte de forte charge symbolique pour le gouvernement et devant une structure politique complètement contrôlée par Ortega lui-même et par sa femme, Rosario Murillo.
La décision élimine de facto la possibilité qu'une force d'opposition puisse contester le pouvoir à la fin du mandat actuel. Ortega gouverne le Nicaragua depuis 2007 et, après les dernières réformes institutionnelles, partage formellement le pouvoir avec Murillo, reconnue comme coprésidente dans un schéma qui concentre l'Exécutif, l'Assemblée nationale, la Justice et les principaux organismes de l'État entre les mains du gouvernement.
Un régime de plus en plus familial
L'annonce consolide une structure de pouvoir de plus en plus fermée et familiale. Ortega et Murillo contrôlent non seulement le gouvernement, mais aussi les ressorts institutionnels qui devraient servir de contrepoids : Parlement, tribunaux, autorité électorale et appareil administratif. Dans ce contexte, la disparition des élections n'apparaît pas comme un fait isolé, mais comme l'aboutissement d'années de détérioration démocratique.
L'incertitude maintenant est comment sera articulée juridiquement l'élimination des élections et quelle formule le régime utilisera pour justifier la continuité du pouvoir sans compétition électorale. La question de la succession reste également ouverte, notamment en raison du poids croissant de Rosario Murillo et du rôle que pourrait jouer l'entourage familial dans une structure politique conçue pour empêcher toute alternance.
Répression contre les opposants, journalistes et religieux
Le gouvernement nicaraguayen a emprisonné, expulsé ou privé de nationalité des dirigeants d'opposition, des journalistes, des religieux, des activistes et d'anciens alliés sandinistes. La répression s'est intensifiée après les manifestations de 2018, lorsque le régime a répondu avec dureté aux mobilisations sociales et a commencé une offensive soutenue contre toute expression organisée de dissidence.
Depuis lors, le Nicaragua a fermé des espaces politiques, des médias, des organisations civiles, des universités et des canaux de participation. Beaucoup d'opposants vivent en exil, d'autres ont été dépouillés de leurs droits politiques et une partie de la société civile opère depuis l'extérieur du pays. La phrase d'Ortega n'inaugure pas ce processus, mais elle le verbalise de manière définitive : le régime ne présente plus les élections comme une voie légitime de compétition.
Condamnation des États-Unis et des Nations Unies
Les États-Unis ont condamné l'annonce et ont demandé d'augmenter l'isolement international du régime nicaraguayen. Washington interprète la déclaration d'Ortega comme une confirmation que le pouvoir sandiniste ne prévoit pas de permettre une véritable compétition démocratique ni d'ouvrir une transition politique supervisée.
De même, les Nations Unies ont dénoncé la détérioration des droits politiques et civils au Nicaragua. Le haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a averti ces derniers mois du démantèlement des contrôles démocratiques et de la construction d'un État autoritaire, avec des institutions subordonnées à l'exécutif et sans garanties effectives pour l'opposition.
La fin des élections comme point de non-retour
La phrase d'Ortega représente un point de non-retour dans la crise démocratique nicaraguayenne. Jusqu'à présent, le régime maintenait une apparence électorale, bien que marquée par l'exclusion de candidats, la persécution d'opposants et le contrôle absolu de l'organe électoral. En annonçant qu'il n'y aura plus d'élections, le président abandonne même cette façade et présente la permanence au pouvoir comme un objectif explicite.
Le résultat est un Nicaragua sans alternance, avec l'opposition démantelée et un pouvoir concentré autour d'Ortega, Murillo et son cercle le plus proche. La question n'est plus de savoir s'il y aura des élections compétitives à court terme, mais quels instruments internes ou pression internationale peuvent altérer une structure conçue précisément pour que le pouvoir ne soit plus soumis au vote.