Le groupe de hackers Jabaroot a diffusé des données de membres des services de sécurité du Maroc et assure disposer d'une base de données avec des informations sur environ 70 000 agents. L'organisation lie la fuite à la crise migratoire de Ceuta et accuse des responsables de la direction de la sécurité marocaine d'avoir participé à la planification de l'entrée massive enregistrée le 30 juillet dernier.
L'information a été publiée ce lundi par El Confidencial, qui assure avoir vérifié une partie de la documentation avec d'anciens membres des services de renseignement marocains. Les hackers présentent l'opération comme "le grand cadeau à l'Europe, et particulièrement à l'Espagne, de Jabaroot".
Parmi les informations compromises figureraient des noms et des données personnelles de membres de la Direction Générale de Supervision du Territoire (DGST), le service de renseignement intérieur marocain, et de la Direction Générale de Sécurité Nationale (DGSN), la Police du pays.
La dimension exacte de la fuite, cependant, nécessite de la prudence. D'autres informations publiées ce lundi indiquent que Jabaroot a divulgué pour l'instant des noms et des dates de naissance d'une vingtaine de membres de la DGST et affirme avoir en sa possession une autre base de données avec environ 70 000 enregistrements. Il n'existe pour le moment aucune confirmation officielle indépendante que ces 70 000 enregistrements correspondent en totalité à des agents de renseignement ou des policiers.
Jabaroot désigne Hammouchi et le principal conseiller du roi
L'accusation la plus pertinente de Jabaroot va au-delà du vol d'informations. Le groupe désigne directement Abdellatif Hammouchi, responsable de la DGST et de la DGSN, et Fouad Ali el Himma, l'un des principaux conseillers du roi Mohamed VI, pour leur supposé rôle dans les événements de Ceuta.
Selon les messages attribués au groupe et recueillis par El Confidencial, tous deux auraient participé à la planification de l'opération qui a conduit à l'entrée massive de migrants dans la ville autonome.
"Ce sont eux qui ont planifié l'attaque pour mettre l'Espagne dans une situation difficile", soutient Jabaroot, qui ajoute que tout aurait eu lieu avec la connaissance de "un grand pays et d'un autre État fictif". Les hackers font ainsi allusion, selon l'interprétation publiée par le journal, aux États-Unis et à Israël, deux alliés stratégiques du Maroc.
Ces accusations proviennent du propre groupe responsable de la fuite et n'ont pas été vérifiées de manière indépendante.
Les hackers promettent de révéler qui "a orchestré" le plan de Ceuta
Jabaroot soutient qu'il conserve encore des documents qui n'ont pas été rendus publics. Le groupe menace de divulguer les noms de ceux qui, selon sa version, "ont orchestré et coordonné le plan de Ceuta".
Il assure également disposer d'ordres adressés à des agents qui se sont déplacés à Fnideq, la localité marocaine de Castillejos située près de la frontière ceutaine, avant et pendant les événements du 30 juillet.
L'entrée massive a laissé des chiffres sans précédent. Environ 72 000 personnes ont traversé la frontière entre le 30 et le 31 juillet, selon les chiffres du gouvernement espagnol recueillis par la suite par des médias internationaux. La plupart sont ensuite retournées au Maroc.
Jusqu'à présent, il n'existe pas de conclusion officielle attribuant la crise à une opération organisée par les autorités marocaines. Les explications avancées depuis lors incluent la diffusion de messages et de vidéos sur les réseaux sociaux, l'action de réseaux dédiés à organiser les traversées et le comportement des autorités à la frontière.
Un groupe qui avait déjà frappé l'État marocain
Jabaroot n'apparaît pas pour la première fois dans cette crise. Le groupe protagonise depuis des mois des fuites contre des institutions marocaines et avait déjà revendiqué des attaques de grande envergure contre des organismes du pays.
Lors de l'une de ces opérations précédentes, des documents liés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale marocaine ont été diffusés. Les autorités du pays ont alors remis en question une partie du matériel filtré et ont affirmé que certains documents étaient inexactes, incomplets ou trompeurs.
L'origine et les connexions de Jabaroot ne sont pas non plus clarifiées. Depuis le Maroc, le groupe a été lié à l'Algérie, le principal rival régional de Rabat, tandis que d'autres accusations l'ont même relié aux services espagnols. Aucune de ces connexions n'a été publiquement établie.
La nouvelle fuite arrive en pleine tension pour Ceuta et alors que l'incertitude demeure sur ce qui a exactement provoqué que des dizaines de milliers de personnes puissent atteindre la ville autonome en à peine quelques heures.