Bruxelles dégage le chemin de l'Espagne vers une gigafactory européenne d'IA de jusqu'à 5.000 millions

La Commission européenne autorise la société formée par ACS, Telefónica, Santander et la SETT à concourir pour l'une des futures grandes infrastructures d'intelligence artificielle de l'UE, avec une candidature multisite entre Tarragone et Madrid.

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Bruxelles a levé ce jeudi l'un des principaux obstacles réglementaires à la candidature espagnole pour accueillir l'une des futures gigafactories européennes d'intelligence artificielle.

La Commission européenne a autorisé l'entreprise conjointe soutenue par ACS, Telefónica, Banco Santander et la Société espagnole pour la transformation technologique (SETT), connue sous le nom de "SEPI Digital", qui sera le véhicule avec lequel l'Espagne compétira pour une infrastructure capable de mobiliser jusqu'à 5 milliards d'euros et qui se prévoit avec deux sites : Móra la Nova, à Tarragone, et San Fernando de Henares, à Madrid.

La décision de Bruxelles ne signifie cependant pas que l'Espagne ait déjà obtenu l'une de ces installations. Ce que la Commission a approuvé, c'est la structure d'entreprise du point de vue des normes européennes de concurrence, en concluant que sa création ne pose pas de problèmes significatifs en raison de la position limitée qu'elle aura sur les marchés concernés.

Le pas est important car il permet au consortium espagnol d'avancer vers l'appel d'offres d'EuroHPC, l'organisme européen chargé de sélectionner jusqu'à sept gigafactories d'intelligence artificielle réparties dans l'Union européenne.

Ce que Bruxelles a exactement approuvé

La Commission européenne a analysé la création de l'entreprise conjointe conformément au Règlement européen sur les concentrations.

Le dossier a été résolu par la procédure simplifiée, réservée aux opérations qui, a priori, ne présentent pas de risques significatifs pour la concurrence.

Bruxelles a conclu que la nouvelle société ne modifiera pas de manière significative le fonctionnement du marché en raison de la position limitée qu'elle aura à la suite de l'opération.

L'autorisation permet à ACS, Telefónica, Santander et la SETT d'exercer conjointement le contrôle de la société qui soutiendra la candidature espagnole.

Il ne s'agit donc pas d'une attribution de la gigafactory, mais d'une autorisation préalable nécessaire pour que la structure d'entreprise puisse opérer sans objections du point de vue communautaire.

Qu'est-ce qu'une gigafactory d'intelligence artificielle

Bien que son nom renvoie à une usine industrielle, une gigafactory d'IA est en réalité une infrastructure informatique de capacité énorme dédiée à l'entraînement et au fonctionnement de modèles avancés d'intelligence artificielle.

La Commission européenne veut que chacune dispose de plus de 100 000 processeurs spécialisés en IA, connectés par des réseaux à haute vitesse et soutenus par des systèmes de stockage, de refroidissement et d'approvisionnement énergétique à grande échelle.

L'objectif est que l'Europe puisse entraîner des modèles avec des billions de paramètres, ce qui exige une puissance de calcul bien supérieure à celle que proposent actuellement la plupart des centres européens.

Ces installations seront au-dessus des actuelles AI Factories que développe déjà l'UE. Les gigafactories disposeront de trois à quatre fois plus de capacité de traitement que les infrastructures européennes les plus avancées actuelles.

Pourquoi l'Europe veut construire ces installations

Le projet a un composant industriel, mais aussi géopolitique.

L'entraînement des modèles d'intelligence artificielle les plus avancés dépend aujourd'hui d'infrastructures contrôlées en grande partie par de grandes entreprises américaines et, dans une moindre mesure, par l'écosystème technologique chinois. L'Europe veut réduire cette dépendance.

La stratégie communautaire passe par disposer de capacités propres pour que les entreprises, universités, chercheurs et administrations européennes puissent développer des modèles avancés sans dépendre exclusivement de fournisseurs technologiques externes.

Cela implique de contrôler une partie essentielle de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle : la capacité de calcul.

Jusqu'à sept gigafactories et plus de 30 milliards

L'Union européenne prévoit de sélectionner jusqu'à sept projets dans cette première grande vague de gigafactories.

Bruxelles estime qu'elle mobilisera jusqu'à 10 milliards d'euros de financement public européen et national, avec l'objectif d'attirer au moins 20 milliards d'investissement privé.

Dans l'ensemble, l'initiative pourrait ainsi dépasser les 30 milliards d'euros.

Les installations seront principalement dirigées par des consortiums industriels privés, bien que les institutions européennes et les États participeront également financièrement.

EuroHPC achètera également de la capacité de calcul dans les gigafactories sélectionnées pour la mettre à disposition de l'écosystème européen.

Le projet espagnol peut atteindre les 5 milliards

La candidature espagnole se trouve parmi les plus grandes dimensions annoncées jusqu'à présent.

Le gouvernement estime que la future infrastructure peut mobiliser jusqu'à 5 milliards d'euros d'investissement public et privé.

Le Conseil des ministres a autorisé le 16 juin dernier un investissement de 719 millions d'euros à travers la SETT pour entrer dans le consortium public-privé qui développera le projet.

Une semaine plus tard, il a approuvé d'autres 300 millions d'euros destinés à EuroHPC, entre autres fins pour l'acquisition de services de calcul liés à ces infrastructures.

Ce sont deux budgets distincts, mais ils permettent de dimensionner l'engagement économique déjà pris par l'État.

Qui contrôle la société

Le projet réunit trois des principales entreprises espagnoles avec l'État. ACS, Telefónica et Banco Santander possèdent chacune 15,67% de la société. La SETT dispose de 47,99%, ce qui en fait le plus grand actionnaire individuel.

Participent également Multiverse Computing, avec 4%, et la Generalitat de Catalunya, avec 1%. La structure combine des capacités très différentes. ACS apporte son expérience dans les grandes infrastructures ; Telefónica, des réseaux et de la technologie ; Santander, une capacité financière ; et la SETT canalise la participation publique.

Multiverse Computing intègre le composant le plus directement technologique, spécialisé dans l'intelligence artificielle et le calcul quantique.

Deux sièges : Tarragone et Madrid

Espagne ne prévoit pas de construire une seule grande installation. La candidature sera multisite et répartira l'infrastructure entre Móra la Nova, à Tarragone, et San Fernando de Henares, à Madrid.

La convocation européenne permet expressément ce modèle distribué. Les deux localisations pourront fonctionner comme partie d'une même gigafactory tant qu'elles respectent les exigences techniques, énergétiques et opérationnelles d'EuroHPC.

La société Gigafactoría Española de Inteligencia Artificial, S.L. est déjà constituée et a son siège social à Móra la Nova. L'énergie sera l'un des grands obstacles

Une candidature de ce type ne se décide pas uniquement par le financement. Une installation avec plus de 100 000 processeurs nécessite d'énormes quantités d'électricité de manière stable, en plus de systèmes de refroidissement et d'une connexion robuste avec les réseaux énergétiques.

EuroHPC exige que les projets attestent d'une capacité suffisante d'approvisionnement et respectent des critères de rendement énergétique, d'utilisation de l'eau et de durabilité.

Ce point peut s'avérer décisif. L'expansion croissante des centres de données en Europe met à rude épreuve les réseaux électriques dans certaines régions et a rendu la disponibilité énergétique l'un des principaux facteurs pour décider où installer de nouvelles infrastructures numériques.

Un autre goulot d'étranglement : obtenir les processeurs

L'infrastructure physique n'est qu'une partie du projet.

Pour faire fonctionner une gigafactory, il faut des dizaines de milliers de GPU et d'accélérateurs avancés d'intelligence artificielle.

La production mondiale de ces puces est concentrée dans quelques entreprises et dépend d'une chaîne d'approvisionnement internationale très spécialisée.

C'est pourquoi EuroHPC exige que les candidats démontrent également un accès fiable à des processeurs de dernière génération et des chaînes d'approvisionnement capables de soutenir le projet pendant des années.

L'Espagne a déjà des usines d'IA, mais c'est une autre échelle

L'Espagne participe déjà au programme européen de AI Factories à travers le Barcelona Supercomputing Center et le Centro de Supercomputación de Galicia.

Ces installations cherchent à faciliter l'accès à une superinformatique optimisée pour l'intelligence artificielle pour les entreprises et les chercheurs.

La gigafactory, cependant, représenterait un saut qualitatif.

Elle serait conçue spécifiquement pour entraîner les modèles de pointe de prochaine génération, ceux qui nécessitent des quantités de calcul que les infrastructures européennes actuelles ne peuvent pas encore fournir à grande échelle.

Ce qu'il manque pour que l'Espagne obtienne la gigafactory

L'autorisation connue ce jeudi élimine une étape, mais il reste encore la compétition principale. L'appel européen reste ouvert jusqu'au 12 novembre 2026.

Ensuite, EuroHPC évaluera les projets en fonction de critères tels que le financement, la capacité énergétique, l'infrastructure technologique, la durabilité, la disponibilité des processeurs et la viabilité industrielle.

La prévision est que les projets sélectionnés soient connus au début de 2027.

Ce n'est qu'alors que l'on saura si la proposition espagnole de Madrid et de Tarragone fait finalement partie du réseau de jusqu'à sept gigafactories avec lesquelles l'Europe souhaite rivaliser dans la prochaine génération d'intelligence artificielle.

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