Taïwan a exprimé ses soupçons selon lesquels les autorités chinoises auraient joué un rôle clé dans la décision du Pakistan de fermer temporairement son espace aérien aux compagnies aériennes de l’île, une décision inédite qui a obligé à rediriger des vols de passagers et de fret vers des itinéraires alternatifs, selon ce qu’a dénoncé le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, Chen Ming Chi.
"Nous soupçonnons que la Chine était définitivement derrière cela", a indiqué Chen dans des déclarations recueillies par Bloomberg, dans lesquelles il a également alerté sur le fait que cet épisode "envoie un message très dangereux au monde entier" en montrant comment la pression politique peut être utilisée pour limiter l’accès à l’espace aérien, bien qu’il n’ait pas présenté d’éléments concrets démontrant l’implication directe de Pékin.
Les compagnies aériennes China Airlines et EVA Air, qui utilisent habituellement le couloir aérien pakistanais sur leurs routes entre l’Asie et l’Europe, ont commencé à modifier leurs plans de vol dimanche dernier, en optant pour des détours par le golfe Persique ou par le territoire russe.
Ce jeudi, le premier vol commercial taïwanais a de nouveau survolé le Pakistan après qu’Islamabad a de nouveau autorisé ces traversées. Selon ce qu’a expliqué Chen, les deux compagnies ont reçu une notification officielle des autorités pakistanaises dans laquelle était communiquée la levée de l’interdiction, mais seulement à titre temporaire, jusqu’à la fin de l’hiver. Le ministre de la Défense pakistanais, Khawaja Asif, a justifié la mesure par la politique d’"une seule Chine", qui considère Taïwan comme partie intégrante de la Chine.
Selon le même média, le ministre chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a soutenu la position de Pékin et a affirmé que "le principe d' 'une seule Chine' est un consensus prédominant de la communauté internationale", tout en défendant que "les résidents de la région de Taïwan jouissent de la liberté de voyager à l’étranger".
De son côté, Taipei a critiqué avec virulence l’action d’Islamabad, qu’il a accusé de "répéter comme un perroquet la narration déformée de la Chine", et a averti que l’utilisation de l’espace aérien comme outil politique met en danger "la sécurité des passagers et le bon fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement mondiale". Dans ce contexte, Chen a souligné que Taïwan "collaborera étroitement avec les États-Unis, ainsi qu’avec d’autres pays", face à la possibilité que ce type de restrictions s’étende à d’autres États.
Les autorités taïwanaises craignent que Pékin n’adopte de nouveau ce type de tactiques pour accroître l’isolement international de l’île, dont la Chine revendique la souveraineté, et ont averti que le précédent établi par le Pakistan représente une "grande préoccupation" pour Taïwan et "d’autres pays" de la région.
Cet épisode a lieu à un moment de resserrement des relations entre la Chine et le Pakistan, portées par des investissements de plusieurs milliards dans des projets d’infrastructures, d’énergie et de transport liés à l’initiative de la Ceinture et de la Route, y compris la moderne Route de la Soie et le Corridor économique Chine-Pakistan.