C’est ainsi que l’on choisit le président de la BCE après la démission de Lagarde : six étapes et une majorité de 16 pays

La sortie anticipée de Lagarde le 7 février 2027 active une procédure de six phases à laquelle interviennent les gouvernements de l'euro, le Parlement européen et la BCE elle-même, bien que la décision définitive revienne aux dirigeants européens à la majorité qualifiée renforcée

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La décision de Christine Lagarde de quitter la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) le prochain 7 février 2027, près de neuf mois avant l’expiration de son mandat, ouvre une négociation entre les gouvernements de la zone euro pour choisir qui dirigera la politique monétaire européenne au cours des huit prochaines années. Bien que la nomination relève formellement du Conseil européen, l’élection exige au préalable un accord politique entre les pays qui partagent la monnaie unique et la participation de deux autres institutions, le Parlement européen et la banque centrale elle-même.

Le président du Conseil européen, António Costa, a annoncé ce jeudi le lancement immédiat de la procédure de succession, après avoir reçu la communication de Lagarde, dans le but de garantir une transition ordonnée avant que son départ ne devienne effectif. Le renouvellement sera régi par l’article 283.2 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui établit les exigences pour les candidats, les institutions qui doivent intervenir et les conditions nécessaires pour approuver la nomination.

Les six étapes pour choisir le prochain président de la BCE

La procédure commence par la présentation des candidatures de la part des États membres de la zone euro, qui peuvent proposer des personnes jouissant d’un prestige reconnu et d’une expérience professionnelle dans les affaires monétaires ou bancaires. Les candidats doivent avoir la nationalité de l’un des pays qui partagent l’euro, bien qu’il n’existe aucune obligation qu’ils aient précédemment dirigé une banque centrale nationale.

Une fois les noms présentés, l’Eurogroupe, qui réunit les ministres de l’Économie et des Finances des pays de la zone euro, examine les candidatures et négocie un accord sur le candidat. Cette deuxième phase concentre une bonne partie des discussions politiques, puisque les gouvernements doivent rapprocher leurs positions avant de soumettre une proposition aux institutions européennes.

Lorsqu’un tel accord est atteint, le Conseil de l’Union européenne adopte une recommandation formelle adressée au Conseil européen, donnant ainsi le coup d’envoi de la troisième étape de la procédure. À partir de ce moment commence la phase de consultations institutionnelles prévue dans les traités.

Le Conseil européen doit solliciter l’avis du Parlement européen et du Conseil des gouverneurs de la BCE, composé des six membres du Comité exécutif et des gouverneurs des banques centrales nationales des pays de la zone euro. Les deux institutions examinent la candidature et rendent leurs avis respectifs, bien qu’aucun d’entre eux n’ait de caractère contraignant.

L’intervention de l’Eurochambre permet de soumettre le candidat à l’examen parlementaire, mais ne lui donne pas la capacité de bloquer juridiquement la nomination. De même, l’avis du Conseil des gouverneurs de la BCE apporte une évaluation institutionnelle sans se substituer à la décision qui revient aux dirigeants européens.

Une fois les consultations achevées, le Conseil européen adopte la décision finale de nomination, qui conclut une procédure qui n’établit pas de durée fermée pour chacune de ses phases.

Combien de pays doivent voter en faveur du nouveau président ?

L’élection du successeur de Lagarde exige une majorité qualifiée renforcée, un système qui combine le nombre d’États qui soutiennent la candidature avec le poids démographique de leurs populations et qui empêche que la décision dépende exclusivement des grands pays ou d’une majorité de petits gouvernements.

Avec les 21 États qui composent actuellement la zone euro, le Conseil européen doit réunir deux conditions simultanées pour approuver la nomination : au moins 16 des 21 pays doivent voter en faveur du candidat ; et les États qui soutiennent l’élection doivent représenter, ensemble, au minimum 65 % de la population de la zone euro.

La double exigence oblige à construire une majorité territoriale et démographique suffisamment large. Une candidature soutenue par 16 gouvernements n’aboutirait pas si ceux-ci n’atteignaient pas le seuil de population établi, tandis que le soutien des pays les plus peuplés ne suffirait pas non plus s’ils ne réunissaient pas le nombre minimal d’États.

En conséquence, aucun pays ne dispose individuellement d’un droit de veto, bien que les principales économies européennes disposent d’une influence considérable dans les négociations en raison de leur poids démographique et politique.

Qui peut aspirer au poste et quelle est la durée du mandat

Les traités établissent que le président de la BCE doit être choisi parmi des personnalités de prestige reconnu et d’expérience professionnelle dans les affaires monétaires ou bancaires, de sorte que peuvent être candidats tant des responsables de banques centrales que des économistes et d’autres figures ayant une trajectoire reconnue dans le domaine financier.

Le mandat a une durée de huit ans et ne peut être renouvelé, une limitation conçue pour renforcer l’indépendance de ceux qui dirigent l’institution face aux gouvernements responsables de leur désignation.

Cette caractéristique distingue la BCE d’autres institutions communautaires, dont les responsables peuvent prétendre à de nouveaux mandats. Le président de la banque centrale, une fois nommé, ne reçoit pas non plus d’instructions des gouvernements nationaux ni des institutions européennes dans l’exercice de ses fonctions monétaires.

Lagarde a assumé la présidence le 1er novembre 2019, après avoir succédé à l’Italien Mario Draghi, et devait achever son mandat le 31 octobre 2027. Sa démission anticipée obligera donc à avancer une succession qui, à l’origine, ne devait avoir lieu qu’à l’automne de l’année prochaine.

Les noms qui apparaissent dans la course pour succéder à Lagarde

Les noms les plus cités comme possibles successeurs de Lagarde sont Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne et actuel directeur général de la Banque des règlements internationaux, et Klaas Knot, ancien gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas. Tous deux disposent d’une expérience en politique monétaire, bien que leurs parcours et leurs positions sur la réponse à l’inflation soient différents.

La possible candidature de Hernández de Cos est intéressante pour l’Espagne, qui pourrait prétendre à retrouver une représentation au sommet de la BCE après le départ de Luis de Guindos de la vice-présidence, intervenu le 31 mai dernier. Son successeur, le Croate Boris Vujčić, a pris ses fonctions le 1er juin 2026.

Un renouvellement qui coïncide avec d’autres changements à la direction de la BCE

Le départ de Lagarde aura lieu dans une période de changements importants au sein du Comité exécutif, l’organe composé de six membres chargé de gérer l’activité courante de la banque centrale et d’exécuter les décisions de politique monétaire adoptées par son Conseil des gouverneurs.

Le mandat de Isabel Schnabel prendra fin le 3 janvier 2027, tandis que celui de l’économiste en chef Philip Lane s’achèvera le 31 mai de cette même année, selon le calendrier officiel de la BCE. Le départ anticipé de Lagarde ajoute ainsi un troisième renouvellement à une période de quelques mois, ce qui pourrait favoriser des négociations conjointes entre les États membres pour répartir les différents postes.

À ces circonstances s’ajoute le calendrier politique français, avec des élections présidentielles prévues pour le printemps 2027. La démission de Lagarde permettra à l’actuel président de la France, Emmanuel Macron, de participer aux discussions pour choisir son successeur avant la fin de son mandat à l’Élysée.

Avec la procédure déjà activée par António Costa, les gouvernements disposent d’un peu plus de trois mois pour parvenir à un accord avant le départ de Lagarde, prévu pour le 7 février.