D'abord nous prenons Manhattan, puis nous prenons Berlin : la gauche de Mamdani trouve un miroir dans Elif Eralp

Le triomphe de Die Linke à Berlin se connecte avec la victoire de Zohran Mamdani à New York : logement, soutien aux jeunes et une promesse de villes plus abordables. Mais Elif Eralp doit encore conquérir ce que l'Américain a obtenu dans les urnes : le pouvoir de gouverner.

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Leonard Cohen a mis en les deux villes dans la même chanson. La politique permet maintenant de les placer dans une même conversation. D'abord, New York a élu maire Zohran Mamdani, un socialiste démocratique qui a fait du coût de la vie dans la ville le centre de sa candidature. Maintenant, Die Linke gagne à Berlin avec une proposition qui trouve également dans le logement et chez les jeunes deux de ses principaux soutiens.

La ressemblance invite à parler d'une gauche urbaine qui récupère l'initiative. La différence oblige à préciser jusqu'où va cette récupération.

Mamdani a gagné une mairie. Elif Eralp a placé son parti en tête d'un Parlement fragmenté. Entre ces deux choses, il y a une distance qui se mesure en partenaires, négociations et capacité à transformer des promesses en décisions.

Le loyer comme question d'appartenance

Le lien le plus solide entre New York et Berlin apparaît chaque mois dans le compte bancaire de ses voisins.

Le logement permet de traduire des débats idéologiques en une expérience immédiate : combien coûte-t-il de rester, combien faut-il s'éloigner du travail et quelle part du salaire disparaît avant de commencer à vivre. Une ville peut offrir des opportunités et, en même temps, devenir inaccessible pour ceux qui veulent en profiter.

Mamdani a fait de la gelée des loyers régulés un drapeau. En juin, l'organisme new-yorkais chargé de fixer ses augmentations a approuvé un gel pour environ un million de logements, applicable aux renouvellements correspondants à partir d'octobre 2026. Une promesse électorale commençait ainsi à se transformer en politique publique.

À Berlin, l'analyse de ZDF place les loyers et le marché immobilier comme le principal problème électoral et attribue à Die Linke la plus grande confiance pour y faire face. La formation a également défendu de transférer à la propriété collective des logements de grands propriétaires, une intervention différente et plus profonde que de geler certains loyers.

La connexion politique peut se formuler ainsi : le droit de continuer à vivre dans la ville devient une proposition d'avenir.

Les jeunes apparaissent dans les deux photographies

Il y a aussi une ressemblance générationnelle, bien qu'il soit prudent d'éviter des comparaisons automatiques entre pourcentages.

Le centre de recherche CIRCLE, de l'Université de Tufts, a calculé que 75 % des électeurs âgés de 18 à 29 ans ont soutenu Mamdani. Son analyse, basée sur des sondages à pied d'urne, a identifié les jeunes comme son groupe d'âge le plus favorable. Parmi les jeunes femmes, le soutien a atteint 82 %.

À Berlin, Forschungsgruppe Wahlen trouve un soutien à Die Linke de presque la moitié des moins de 30 ans, avec un soutien féminin plus élevé : 55 %, contre 40 % masculin. Les tranches et les élections sont différentes, mais les deux montrent une force particulière parmi les électeurs jeunes.

Ces données remettent en question tout récit qui présente le tournant juvénile vers la droite comme un destin inévitable. Elles suggèrent quelque chose de plus conditionné par le contexte : qui parvient à représenter les préoccupations de cette génération et à offrir une réponse reconnaissable.

Une gauche au sein du grand parti et une autre qui lui fait concurrence

Mamdani est arrivé aux élections municipales en tant que candidat démocrate, après avoir disputé l'orientation de cet espace politique. Il a gagné en novembre 2025 face à Andrew Cuomo, qui s'est présenté comme indépendant, et au républicain Curtis Sliwa.

Die Linke agit depuis un parti propre et concurrence les sociaux-démocrates et les écologistes. Sa croissance peut renforcer son leadership au sein de la gauche tout en affaiblissant électoralement les formations avec lesquelles elle doit ensuite s'entendre.

C'est une différence stratégique importante. À New York, la dispute sur qui représente l'électorat progressiste est passée par la candidature démocrate. À Berlin, cette dispute se poursuit après le recomptage, autour d'une table de négociation.

Gagner Berlin ne signifie pas encore la gouverner

La projection de ZDF à 21h56 place Die Linke à 25,1 %, contre 19,2 % pour la CDU. Elle double plus que le 12,2 % de 2023, mais reste loin de gouverner seule.

La répartition projetée permet une coalition de Die Linke, des Verts et du SPD avec 77 sièges, au-dessus des 66 nécessaires. Elle permet également une autre dirigée par la CDU avec les Verts et le SPD, avec 68. Les deux comptes dépendent du résultat final de BSW, alors situé à 4,9 %.

La paradoxe est évident : Eralp peut gagner clairement et continuer à avoir besoin que d'autres partis acceptent de transformer cette victoire en gouvernement.

Ni un chèque en blanc ni une formule universelle

Il y a une autre donnée qui refroidit une lecture trop enthousiaste. L'analyse de Forschungsgruppe Wahlen décrit une profonde insatisfaction berlinoise : 45 % estiment qu'aucun parti n'est adéquat pour résoudre les problèmes de la ville. Et seulement 37 % croient que l'expropriation des grandes entreprises de logement résoudrait les problèmes du marché immobilier.

Gagner la confiance en matière de logement ne signifie pas obtenir un soutien majoritaire pour toutes les mesures proposées. Deux victoires urbaines ne suffisent pas non plus à démontrer une transformation politique générale.

Oui, elles permettent d'identifier une opportunité : une gauche qui lie son identité à des problèmes quotidiens peut élargir son espace. Le loyer, le transport et la possibilité de construire une vie stable offrent un langage qui connecte le programme à l'expérience.

Mamdani fait déjà face à l'épreuve de l'exécution. Eralp doit d'abord obtenir une majorité qui lui permette d'essayer. Entre New York et Berlin voyage une même promesse : que vivre dans une grande ville ne devienne pas un privilège. Le succès sera mesuré par le nombre de personnes qui pourront rester.

Bonjour, je m'appelle Fren. Comment puis-je vous aider ?