Le procureur général de Hongrie, Gábor Bálint Nagy, a présenté sa démission ce mercredi, une décision qu'il inscrit dans la nécessité de protéger le Parquet des luttes partisanes, après que le nouveau premier ministre, Peter Magyar, ait fixé comme priorité son départ pour tourner la page de l'ère Viktor Orbán.
"La protection de l'indépendance et de l'autorité du pouvoir judiciaire, y compris du Parquet, est l'un des piliers d'un système institutionnel démocratique. Le Parquet ne peut devenir un instrument des luttes des acteurs politiques ni un théâtre d'intérêts politiques quotidiens ou de jeux de pouvoir", a affirmé Nagy dans un communiqué dans lequel il officialise son départ, après avoir enregistré sa démission en tant que vice-président du Parlement hongrois avec date du 25 août, jour où expirait son mandat.
Le procureur général dénonce que l'institution a été "l'objet d'une série d'attaques à mon encontre", qui, à son avis, "dépassent de loin les limites du débat public et professionnel acceptable".
"Le fonctionnement et l'indépendance du Ministère Public ne doivent être affectés en aucune circonstance par les luttes immorales et motivées politiquement qui se sont déclenchées autour du poste. Je ne souhaite plus faire partie d'un conflit qui s'est généré autour de moi, basé sur des mensonges et à des fins politiques, devenant un moyen d'éroder encore plus la confiance institutionnelle", a-t-il ajouté.
Nagy a revendiqué son parcours professionnel et son action à la tête du Ministère Public. "Ni moi ni mes proches n'avons eu de liens avec des partis politiques, et j'occupe le poste de procureur général depuis un peu plus d'un an", a-t-il souligné.
Il a également alerté sur un phénomène croissant dans le domaine judiciaire. "Il devient de plus en plus fréquent que des acteurs dans des procédures pénales et des avocats agissant en tant que représentants légaux utilisent leurs propres affaires pour lancer des attaques politiques contre certains acteurs du système judiciaire, y compris le Parquet", a-t-il indiqué, insistant sur le fait que ces comportements "mettent en danger l'autorité du Parquet" et sapent son indépendance.
Dans son message à la classe politique hongroise, Nagy avertit du "message extrêmement négatif" que suppose que des figures publiques réclament la substitution du procureur général "parce que les procédures pénales en cours ne se déroulent pas comme elles l'espéraient". "Tout cela implique que le procureur général en fonction craint que, si sa gestion ne répond pas aux attentes des politiciens, il fasse face à sa destitution", a-t-il alerté, encadrant sa démission comme un geste pour "veiller aux intérêts du Parquet".
Réaction de Peter Magyar et pouls institutionnel
La sortie de Nagy a été célébrée immédiatement par le premier ministre, qui a souligné que "le pays se libère d'un autre marionnettiste d'Orbán" et a accusé le procureur général d'avoir "obstrué la transformation politique".
Après sa large victoire électorale d'avril, Magyar a défendu que les hauts responsables nommés sous le mandat d'Orbán devaient abandonner leurs responsabilités pour faciliter le renouvellement institutionnel.
Dans cet objectif, il a donné jusqu'au 31 mai au président Tamas Sulyok et aux responsables d'organismes clés, parmi eux le Parquet, pour qu'ils présentent leur démission. De plus, le chef du Gouvernement a poussé une réforme expresse de la Constitution, finalement approuvée en juillet, afin d'accélérer la sortie de ces hauts responsables et de soutenir la nouvelle étape politique.