Le gouvernement des États-Unis a lancé le premier vol d'expulsion vers Haïti depuis qu'il a décidé de mettre fin à la protection humanitaire accordée à des centaines de milliers d'Haïtiens résidant dans le pays. La mesure a été adoptée en juin 2025, mais n'a commencé à être appliquée qu'après que la Cour suprême a rendu cet été un jugement favorable.
Selon l'organisation Human Rights First, qui surveille les vols de déportation, l'avion a décollé jeudi matin d'Alexandria, dans l'État de Louisiane, avec une escale prévue à Miami avant de continuer sa route vers Cap-Haïtien, en Haïti.
Ce n'est pas le premier vol de retour de migrants vers Haïti, mais c'est le premier qui est exécuté après que la Cour suprême a autorisé en juin la suppression des protections temporaires pour les citoyens originaires d'Haïti et aussi de Syrie.
Cependant, le Département de la sécurité intérieure (DHS, pour ses sigles en anglais) n'a pas précisé si parmi les passagers de ce vol se trouvaient des personnes affectées par le retrait de leur Statut de Protection Temporaire (TPS). En fait, le département a indiqué à l'agence Bloomberg qu'il ne rend pas publics les détails des vols de déportation "pour des raisons de sécurité opérationnelle".
Depuis l'approbation du Statut de Protection Temporaire en 2010, après le tremblement de terre dévastateur qui a ravagé une grande partie du pays caribéen, environ 350 000 Haïtiens avaient pu résider et travailler aux États-Unis sans risque immédiat d'être déportés. Dans la décennie qui a suivi le séisme, Haïti a continué d'être plongé dans une profonde instabilité politique et une escalade de la violence des gangs, un contexte qui a culminé, entre autres conséquences graves, dans l'assassinat de l'ancien président Jovenel Moïse en 2021.
La suppression du TPS a suscité de vives critiques tant au sein du Parti démocrate que du Parti républicain. Ses détracteurs soutiennent que forcer le départ des Haïtiens aggravera le manque de personnel dans le système de santé, en particulier dans les maisons de retraite, et augmentera les risques pour ceux qui seront contraints de retourner dans le pays.
Parallèlement, le Département d'État maintient pour Haïti un avertissement de voyage de niveau 4, le plus élevé, qui appelle à "Ne pas voyager" en raison des taux de criminalité élevés, des enlèvements, du terrorisme, des troubles civils et des graves carences du système de santé.
Malgré ce scénario, l'administration de Donald Trump a poursuivi son plan de mener une vaste campagne d'arrestations et d'expulsions. Depuis son retour au pouvoir en 2025, cette politique s'est traduite par environ 590 000 déportations et près de 550 000 arrestations d'étrangers sur le territoire américain.