L'exécutif communautaire a annoncé ce lundi son nouveau système de étiquetage et de classification pour les centres de données européens. Il s'agit du premier pas pour "garantir" une plus grande transparence sur l'utilisation réelle des ressources comme l'énergie ou l'eau par ces infrastructures. L'objectif de Bruxelles est de intégrer pleinement les centres de données dans le système énergétique européen, dans un contexte de demande croissante associée, entre autres facteurs, à l'expansion de l'intelligence artificielle.
Ce nouveau système de classification couvrira les centres de données individuels avec une capacité supérieure à 500 kW. La méthodologie prendra en compte non seulement la consommation énergétique de ces installations, mais aussi leur contribution au fonctionnement du réseau électrique, y compris des aspects tels que la réutilisation de la chaleur résiduelle, l'incorporation de capacités de génération d'énergie propre et la flexibilité de la demande. "Chacun de ces centres de données sera obligé de rapporter et, au moment où vous rapportez, vous obtenez l'étiquette", explique un haut fonctionnaire communautaire.
La vice-présidente exécutive de la Commission européenne pour une transition propre, Teresa Ribera, souligne précisément la nécessité de dissocier la croissance de ces infrastructures d'une pression équivalente sur les réseaux. "Tripler la capacité de nos centres de données ne peut signifier tripler la pression sur nos réseaux électriques", a-t-elle défendu. En fait, coïncidant avec la présentation du nouveau texte, Ribera a indiqué que ce processus "commence par la transparence, en classant les grands centres de données selon leur impact sur notre système énergétique".

68 TWh de consommation électrique en 2024
La dimension du défi est directement liée à la croissance de ces infrastructures. Rien qu'en 2024, les centres de données ont consommé 68 TWh d'électricité sur le continent européen. Les services communautaires prévoient que ce chiffre continue d'augmenter et que sa consommation en vienne à représenter un 3,2% de la demande électrique totale de l'Union européenne, principalement entraînée par l'expansion massive de l'intelligence artificielle.
Actuellement, les centres de données représentent entre 1,5 % et 2 % de la consommation électrique européenne. L'augmentation de la demande pose donc un double défi pour Bruxelles : garantir que l'Europe puisse disposer de la capacité computationnelle nécessaire pour développer de nouvelles technologies et, en même temps, éviter que cette croissance se traduise automatiquement par une pression accrue sur les réseaux électriques. "Efficaces, flexibles, alimentés par une énergie propre supplémentaire et utilisant la chaleur résiduelle : c'est ainsi que les centres de données deviennent un atout pour la transition énergétique de l'UE", affirme la responsable communautaire de la Transition Propre.
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Pour éviter des charges administratives supplémentaires tant pour les opérateurs que pour les États membres, les étiquettes électroniques seront générées automatiquement sur la plateforme européenne une fois chaque période de rapport annuel terminée. Ces infrastructures étaient déjà tenues de publier des informations sur leur performance environnementale. Le nouveau système introduit maintenant un mécanisme commun de classification qui permettra de rendre ces informations plus comparables et d'offrir une image plus claire sur l'impact énergétique des grands centres de données. Les installations avec une capacité inférieure à 500 kW pourront également s'incorporer volontairement au système , ainsi que les centres de données qui sont encore en phase de construction.
Pour sa part, les États membres devront confirmer dans la base de données européenne, avant le 15 août de chaque année, si les installations situées sur leur territoire ont complété le processus de rapport correspondant.
Obligation et signaux de marché
Bruxelles a conçu un double mécanisme d'incitation, qui combine des obligations réglementaires avec des signaux destinés au marché. La Commission part du principe qu'il existe une demande croissante de la part à la fois du marché et des utilisateurs de services numériques pour des solutions ayant un impact environnemental moindre. Bien que certains détails soient encore en discussion, il est prévu que la consommation d'énergie et d'eau constitue les principales dimensions de l'étiquette. Les informations permettront ainsi d'introduire une plus grande transparence sur les ressources utilisées par des infrastructures dont le poids dans le système énergétique européen est en augmentation.
En ce qui concerne la transparence sur l'approvisionnement énergétique, la proposition inclut explicitement l'énergie nucléaire dans le détail des sources d'énergie. L'utilisation de générateurs installés dans le centre lui-même sera également prise en compte, par exemple, lorsque une infrastructure fonctionne dans un micro-réseau avec ses propres turbines à gaz.
La proposition ne se limite pas à mesurer combien d'électricité consomme chaque installation. Un des éléments que Bruxelles veut intégrer dans le nouveau cadre est précisément la capacité des centres de données à restituer des ressources au système énergétique, notamment par la réutilisation de la chaleur résiduelle. Les sources consultées indiquent comme référence que la réutilisation d'environ la moitié de la chaleur résiduelle générée par les centres de données européens équivaudrait à la demande totale de chauffage de quatre millions de foyers en Europe.
La logique réglementaire est que ces infrastructures ne doivent pas être analysées uniquement sous l'angle de l'énergie qu'elles consomment, mais aussi des services qu'elles peuvent fournir au système. "Les centres de données durables, flexibles et bien conçus, capables d'ajuster leur consommation électrique aux conditions du réseau, peuvent contribuer à réduire le coût total du système électrique", défendent à Bruxelles.
Un sol minimum pour les nouvelles installations
Le deuxième grand élément du paquet est les normes minimales de performance énergétique, conçues de manière similaire aux normes d'écoconception appliquées à certains produits. Leur objectif n'est pas de déterminer jusqu'à quel point un centre de données peut être efficace, mais d'établir un plafond minimum ou "sol" de performance en dessous duquel une installation ne devrait pas se situer.
Pour les installations nouvelles ou rénovées, respecter cette norme minimale sera une obligation effective et un prérequis indispensable pour leur construction et autorisation. "Une obligation réelle, dans le sens où lorsque tu vas construire un centre de données, tu devras avoir au moins une performance déterminée", détaillent les sources impliquées dans l'élaboration du règlement délégué. De cette manière, Bruxelles entend que la croissance de la capacité de calcul européenne soit accompagnée d'exigences minimales d'efficacité et d'une plus grande intégration de ces installations dans le système énergétique.

Le texte sera maintenant examiné par le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne avant son entrée en vigueur définitive. Les co-législateurs auront le droit de formuler des objections à la réglementation proposée ce lundi lors de la procédure prévue pour ce type d'actes délégués. La Commission européenne espère que les premières étiquettes de durabilité pour les centres de données pourront être présentées dès l'année prochaine. À la fin de 2028, un premier examen du programme sera effectué dans le but d'évaluer son efficacité et, si nécessaire, d'introduire d'éventuelles améliorations.
De même, la consultation sur les normes minimales de performance énergétique restera ouverte jusqu'en décembre 2026. L'objectif est de continuer à recueillir des contributions des différents acteurs avant de clore définitivement ce composant du nouveau cadre réglementaire. "La Commission continuera de consulter les États membres, l'industrie et la société civile pour garantir un cadre politique solide et inclusif", rappelle le communiqué distribué avec le règlement.
Le nouveau système constitue ainsi la première tentative de Bruxelles de mettre une métrique commune à l'impact énergétique des centres de données, à un moment où l'expansion de l'intelligence artificielle transforme ces infrastructures en un élément de plus en plus pertinent pour la planification énergétique européenne.