Tusk défend son action au Tribunal constitutionnel et attribue la crise au PiS et à des bots russes

Tusk soutient l’intervention dans le Tribunal constitutionnel, accuse le PiS de violer l’état de droit et alerte sur le soutien de bots russes à ses adversaires.

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Le Premier ministre de Pologne, Donald Tusk, a justifié ce samedi l’intervention menée vendredi au Tribunal constitutionnel, qu’il considère comme indispensable face à la "destruction de l’État de droit" qu’il impute au parti d’opposition Droit et Justice (PiS) et à des "bots russes".

"L’attaque contre le tribunal et ses juges est une étape de plus dans le processus de destruction de l’État de droit en Pologne aux mains du parti Droit et Justice et des présidents (Andrzej) Duda et (Karol) Nawrocki", a affirmé Tusk dans un message à la nation diffusé ce samedi soir.

Selon ce qu’il a expliqué, après plusieurs semaines d’attente, les magistrats nommés légalement par le Parlement, mais qui n’avaient pas été assermentés par le président Nawrocki en raison de son refus, "ont décidé d’exercer leurs fonctions et ont été attaqués". Face à cette situation, il a applaudi l’action de la Police, qui à son avis a répondu de manière "calme mais ferme face à toutes les agressions".

"Le chemin vers la paix ne peut pas consister à céder au manque de lois et à la violence. Un État démocratique doit être fort et capable d’appliquer la justice", a-t-il souligné, en faisant allusion au rassemblement de manifestants devant le siège de la haute juridiction, mobilisation que Tusk attribue au PiS.

Le Premier ministre a vivement critiqué l’irruption, dans la nuit de vendredi, du président polonais, proche du PiS, Karol Nawrocki, dans le bâtiment du constitutionnel et la bousculade qui s’en est suivie avec la juge Anna Korwin-Piotrowska, proche de Tusk et qui s’est autoproclamée présidente de la cour.

"L’État de droit se distingue de la loi de la jungle en ce que le muscle et la grossièreté ne décident pas qui a raison. Dans un État de droit, une juge, même une petite femme, ne se soumet pas à un brute agressif", a-t-il revendiqué. Il a en outre souligné qu’un dirigeant politique, "même pas le président d’un pays, "ne peut pas entrer dans un tribunal et donner des ordres ou intimider des juges". "Personne n’a le moindre doute que le tribunal dans sa forme imposée par le PiS n’était pas un véritable tribunal", a-t-il conclu.

Stratégie prorusse et "armée de bots"

Tusk a dénoncé que "depuis des années, il existe des organisations et des politiciens en Pologne qui veulent détruire la démocratie et l’État de droit". Selon lui, "ce n’est pas une coïncidence qu’ils bénéficient du soutien de forces prorusses du monde entier et qu’aujourd’hui, dans ce conflit, ils aient le soutien d’une armée de bots russes sur internet".

"Ils ont même reçu publiquement les éloges de l'idéologue en chef du Kremlin", a assuré le premier ministre. "Il ne m'appartient pas aujourd'hui de juger leurs motifs, qu'il s'agisse de cupidité, de stupidité ou de trahison. Au final, le résultat est le même", a-t-il ajouté.

Pour illustrer la situation, Tusk a eu recours à une métaphore dans laquelle un voleur dérobe le sac à main d'une personne âgée, mais "lorsqu'il est arrêté, il commence à crier qu'une violence est exercée contre lui". "Ils veulent que le voleur et la victime se partagent le contenu du sac à parts égales", a-t-il averti.

Dans la partie finale de son message, Trusk a exprimé sa confiance dans le fait que le Tribunal constitutionnel se rétablira et "commencera à fonctionner comme il se doit, y compris de manière indépendante de moi". "La Pologne est forte, démocratique et déterminée. Elle n'est pas morte et elle ne va pas mourir", a-t-il conclu.

Nomination bloquées et affrontement à la tête du tribunal

Le pouvoir exécutif de Donald Tusk a promu ces derniers mois la désignation d'au moins six nouveaux juges du Tribunal constitutionnel, bien que Nawrocki n'ait accepté de leur faire prêter serment qu'à deux d'entre eux.

La crise a fini par éclater vendredi, lorsque l'une des magistrates de la cour, Anna Korwin-Piotrowska, a décidé de suspendre unilatéralement et pour un mois le président du tribunal, Bogdan Swieczkowski, et son adjoint, Bartlomiej Sochanski, à un moment où le siège du Constitutionnel était entouré par des effectifs policiers sous les ordres du gouvernement de Tusk.