La Justice marocaine a poursuivi 52 personnes pour leur présumée implication dans les traversées irrégulières de migrants vers Ceuta et Melilla durant la crise migratoire des derniers jours. Tous les enquêtés restent en détention préventive, tandis que les procédures judiciaires ouvertes par les autorités du pays avancent.
Selon ce qu'a rapporté l'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) et confirmé par RTVE, 11 jeunes ont été mis à la disposition de la Chambre pénale de la Cour d'appel de Nador, tandis que 41 autres personnes, dont deux mineurs, ont comparu devant le Tribunal de Première Instance de cette même ville.
Certains des détenus sont en cours d'enquête pour des crimes de nature criminelle, bien que les autorités marocaines n'aient pas encore précisé les charges concrètes pesant sur chacun d'eux.
L'AMDH remet en question la réponse judiciaire
L'Association Marocaine des Droits Humains a exprimé sa préoccupation concernant le développement de ces actions judiciaires et considère que les autorités recourent à une approche "principalement sécuritaire et répressive" pour faire face au phénomène migratoire.
L'organisation soutient que la réponse devrait également se concentrer sur les causes structurelles qui poussent de nombreux jeunes et mineurs à tenter d'émigrer et a réclamé que toutes les garanties procédurales soient respectées durant les procédures judiciaires, notamment dans un contexte marqué par la grève des avocats qui affecte le pays.
Rabat maintient son explication sur la crise
Le procès de ces 52 personnes coïncide avec la position maintenue par le gouvernement marocain depuis le début de la crise migratoire.
Le ministère de l'Intérieur du Maroc soutient que l'arrivée massive de personnes à Ceuta n'a pas répondu à un phénomène spontané, mais à une combinaison de désinformation diffusée sur les réseaux sociaux, l'action de réseaux de traite des êtres humains et l'interprétation erronée de la récente décision de la Cour suprême espagnole concernant les renvois de personnes interceptées en mer.
Selon Rabat, cette information aurait généré chez de nombreux jeunes la croyance que ceux qui parviendraient à atteindre le territoire espagnol ne pourraient pas être renvoyés immédiatement, circonstance qui aurait contribué à déclencher l'avalanche migratoire.
Différences sur le bilan des victimes
Alors que les enquêtes se poursuivent des deux côtés de la frontière, les différences persistent également sur le nombre de victimes mortelles enregistrées pendant la crise.
Les autorités espagnoles maintiennent un bilan officiel de 80 décédés dans les eaux proches de Ceuta, tandis que l'ONG Caminando Fronteras élève ce chiffre à 141 morts, y compris des corps récupérés sur le territoire marocain. Pour sa part, le Maroc maintient officiellement que 11 personnes sont décédées lors des épisodes enregistrés à la frontière.
L'enquête judiciaire ouverte au Maroc s'ajoute aux actions entreprises par les autorités espagnoles pour éclaircir les circonstances qui ont entouré l'une des plus grandes crises migratoires enregistrées à la frontière sud de l'Union européenne.