Comment votent les partis à Bruxelles ? Une relation (presque) sans infidélités

L'analyse des votes de la première session plénière de septembre révèle que les populaires et les socialistes maintiennent de larges espaces d'accord sur des sujets tels que la défense, la santé et la pêche, bien que la crise migratoire de Ceuta et les dossiers climatiques mettent en évidence les fissures d'une majorité pro-européenne.

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"C'est le moment d'ouvrir la relation... ou pas.. Depuis plus d'un an, chaque fois qu'une négociation législative se complique dans la capitale communautaire, on entend à nouveau le même diagnostic : "La majorité Von der Leyen est morte". Cependant, le registre des votes du Parlement européen dessine une réalité plus complexe. La coalition de populaires, socialistes, libéraux et verts qui a rendu possible la réélection d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne continue de fonctionner, en grande partie, comme un bloc parlementaire lorsque vient le tour des votes à Strasbourg. Cela ne signifie pas que la relation traverse son meilleur moment. Comme dans tant d'autres mariages, il existe des fissures, des divergences et des épisodes d'éloignement. Le Parti populaire européen (PPE), en tant que partenaire principal de l'alliance, teste parfois les formations situées à sa droite, mais les votes montrent que la rupture avec la majorité pro-européenne ne s'est pas transformée en une dynamique systématique.

Un seul vote a suffi à précipiter la fin de la législature au Congrès des députés. Le manque de soutiens pour valider les décrets en matière de logement, avec l'opposition du Parti populaire, Vox, Junts et UPN, a mis en évidence les difficultés du gouvernement à rassembler une majorité parlementaire suffisante. Au cours des trois années écoulées depuis le début de la législature actuelle, les socialistes ont reproché de manière récurrente aux groupes de l'opposition leur refus de soutenir certaines des principales initiatives de l'exécutif. Une dynamique de blocs opposés qui, cependant, est éloignée de celle observée entre les représentants espagnols au Parlement européen.

Dans l'Eurochambre, les eurodéputés espagnols enregistrent une coïncidence de vote de 84%, un chiffre qui place l'Espagne au 20ème rang du classement par cohésion nationale, selon l'analyse des votes. Ce chiffre reflète que les différences entre partis ne se traduisent pas nécessairement par un affrontement permanent dans l'hémicycle européen. La logique communautaire, les familles politiques et la nature des dossiers législatifs ouvrent des espaces de compréhension qui ne trouvent pas toujours d'équivalence dans la politique nationale. Mais cette compréhension n'est pas automatique non plus : la coïncidence dépend de la matière soumise au vote, des priorités de chaque groupe et de la capacité des délégations nationales à transférer leurs positions au niveau européen.

Parlement européen
Parlement européen -

L'épisode qui a semblé le plus rapprocher la majorité d'une conversation définitive sur son avenir est arrivé avec le vote pour simplifier les exigences environnementales qui affectent les entreprises. Dans ce dossier, le PPE s'est tourné vers sa droite et a fait avancer l'initiative avec le soutien des groupes d'extrême droite, face au vote contraire des socialistes. Le vote a alimenté les doutes sur la continuité de la coalition qui soutient une bonne partie de l'agenda législatif de la Commission et a ravivé le débat sur la possibilité que les populaires cherchent des majorités alternatives pour faire avancer leurs propositions.

Cependant, ce mouvement ne s'est pas traduit par un changement permanent d'alliances. Dans les votes suivants, les populaires de Manfred Weber ont continué à trouver dans le groupe socialiste, dirigé par l'Espagnole Iratxe García, un partenaire pour faire avancer différents dossiers. La défense, l'agriculture, l'économie et la jeunesse figurent parmi les domaines dans lesquels les deux formations maintiennent de plus grands espaces de convergence, bien que la compréhension s'affaiblisse sur des questions qui se connectent de manière plus directe avec les débats nationaux, comme l'égalité des genres ou certains dossiers climatiques.

La relation entre populaires et socialistes se déplace ainsi entre deux forces opposées. D'une part, la nécessité de construire des majorités pour impulser l'agenda législatif européen et maintenir un dialogue stable avec la Commission. D'autre part, les différences politiques entre deux familles qui rivalisent pour le même espace électoral dans une bonne partie des États membres. Pour le PPE, la possibilité d'ajouter des soutiens à sa droite constitue une alternative dans certains dossiers ; pour les socialistes, les votes dans lesquels les populaires font appel à ces formations soulèvent des interrogations sur les limites de la coopération parlementaire.

Vote par vote

DEMÓCRATE a voulu tester la santé des coalitions, analysé les votes de la première session plénière de la session politique, tenue en septembre, pour vérifier dans quelle mesure la cohésion entre les forces de la majorité pro-européenne est maintenue. L'examen couvre des dossiers de nature très différente, depuis la simplification de la réglementation du secteur de la défense jusqu'aux implications de la crise migratoire de Ceuta, deux sujets qui illustrent la diversité des intérêts qui convergent au Parlement européen. L'objectif est d'identifier quand les populaires et les socialistes trouvent des points de rencontre, dans quelles circonstances des majorités alternatives émergent et quelles questions continuent de séparer les partenaires de la coalition.

En matière de santé, le Parlement européen a adopté une résolution relative au plan communautaire pour faire face aux crises de personnel de santé. Le texte abordait à la fois la durabilité des systèmes de santé et les conditions de travail des professionnels du secteur et demandait à la Commission européenne le développement de une stratégie intégrée à l'échelle européenne pour renforcer les effectifs de santé. Parmi les mesures proposées, les eurodéputés plaçaient le prochain Cadre Financier Pluriannuel (CFP) comme l'un des outils pour stimuler le recrutement et avancer vers l'objectif d'atteindre un million de professionnels. L'initiative a mis en évidence un large espace de consensus entre les délégations espagnoles : aucun eurodéputé espagnol n'a voté contre.

La protection des mineurs dans les environnements numériques a été un autre des sujets qui a concentré l'attention du Parlement européen. Garantir une utilisation plus sûre des plateformes en ligne constitue l'une des priorités du mandat actuel de la Commission européenne. Lors de la session plénière, la présidente de l'exécutif communautaire, Ursula von der Leyen, a présenté les lignes d'action de la future Kids Act, avec laquelle Bruxelles entend renforcer la protection des mineurs sur internet, y compris le débat sur les restrictions d'accès aux réseaux sociaux par âge.

Au cours de cette même semaine, le Parlement a soumis à vote une proposition de résolution qui demandait d'interdire les pratiques addictives nuisibles et d'atténuer les effets du design des applications numériques. Le texte incorporait, en outre, une demande pour établir un code de conduite européen destiné aux soi-disant influenceurs. L'initiative a été adoptée avec le soutien de 395 eurodéputés, bien que le vote ait de nouveau montré des différences entre les représentants espagnols. Vox a choisi l'abstention, tandis qu'Alvise Pérez, Nora Junco et Diego Solier ont voté contre.

La pêche a de nouveau offert un aperçu des accords qui peuvent être articulés entre différentes familles politiques lorsque des intérêts sectoriels convergent. Avec le soutien de 467 eurodéputés, le Parlement a critiqué le manque d'ambition dans la reconnaissance de la contribution et du potentiel du secteur de la pêche dans certaines des stratégies communautaires. La résolution exhortait la Commission européenne à corriger cette situation dans sa future Vision 2040 pour la pêche et l'aquaculture. Cette fois-ci, les eurodéputées de Sumar et Podemos se sont démarquées de la majorité en votant contre le texte.

Les différences entre les extrêmes de l'arc parlementaire se sont également reflétées dans le vote des conclusions et recommandations du Comité Spécial sur le Bouclier Européen de la Démocratie. Le document identifiait la Russie et la Chine comme principales menaces externes, tout en réclamant de protéger les médias et de renforcer la lutte contre les ingérences électorales.

Parmi ses recommandations, le texte proposait que les plateformes numériques adoptent des mesures contre les campagnes d'ingérence électorale menées par des réseaux de bots. La résolution plaçait ainsi la défense des processus démocratiques et la lutte contre la désinformation parmi les priorités de l'agenda communautaire.

Le vote a de nouveau dessiné une coïncidence entre des formations situées à des extrêmes opposés du hémicycle. Tant Vox que Sumar et Podemos ont voté contre les conclusions du comité, bien que pour des raisons politiques qui ne doivent pas nécessairement coïncider. Le résultat reflète comment les désaccords sur les réponses européennes aux menaces externes et la régulation de l'environnement numérique peuvent traverser la carte parlementaire et compliquer la formation de majorités larges.

Dans le domaine de la pêche, le Parlement européen a également approuvé l'accord provisoire sur les dispositions relatives à la pêche en Méditerranée, qui a reçu 580 votes favorables. Cette fois-ci, les eurodéputés du Parti Populaire et du PSOE ont soutenu le texte, tandis que les représentants de Vox ne se sont pas joints à l'accord. Le vote a de nouveau montré que, sur certains dossiers sectoriels, les populaires et les socialistes peuvent maintenir des positions convergentes, même lorsque leurs stratégies politiques divergent sur d'autres questions.

La résolution sur la crise migratoire de Ceuta a été l'un des sujets les plus tendus de cette session plénière et l'un des exemples les plus clairs des difficultés à maintenir la cohésion de la majorité pro-européenne. Le Parti Populaire, particulièrement intéressé à faire avancer le texte en raison de ses implications dans le débat politique espagnol, a d'abord cherché le soutien des socialistes.

Cependant, le groupe socialiste a rejeté la résolution et a justifié sa position par le ton du débat précédent. Le refus a frustré la tentative des populaires d'articuler une majorité avec le PSOE et a obligé ceux de Manfred Weber à chercher des soutiens alternatifs parmi les formations situées à leur droite.

Le changement de stratégie a permis d'avancer dans la négociation avec ces groupes, qui ont réussi à introduire certaines de leurs amendements en échange de soutenir le texte. L'épisode illustre l'une des principales limites de la coopération entre populaires et socialistes : lorsque un dossier acquiert une dimension directement liée à la politique nationale, les différences entre les deux familles peuvent s'imposer à la logique de la majorité parlementaire. La recherche de soutiens à droite cesse d'être une possibilité théorique et devient une voie effective pour faire avancer certaines initiatives.

La défense a été un autre des domaines où une large concordance a été évidente entre les formations situées à droite du PSOE et les socialistes eux-mêmes. Les votes liés à la simplification des exigences applicables à l'industrie européenne de défense ont montré un soutien partagé à des mesures visant à accélérer les procédures pour les projets de préparation à la défense, simplifier les achats et stimuler l'investissement dans le secteur.

Le soutien à ces initiatives a transcendé les frontières habituelles entre les familles politiques, avec une concordance de vote qui a inclus les socialistes et les groupes situés à leur droite. En revanche, des formations comme les communs, Compromís, Sumar et Podemos ont rejeté les propositions. La division met en évidence que la construction d'une politique industrielle de défense et la réduction des charges administratives peuvent générer des accords entre des partis qui maintiennent des positions opposées dans d'autres domaines de l'agenda communautaire.

La révision de la réserve de stabilité du marché liée au régime européen de commerce de droits d'émission (ETS1) et les changements associés à l'ETS2, qui affecte les bâtiments, le transport routier et d'autres secteurs, est également passée par le plénier. Le texte évaluait les ajustements proposés dans le cadre des deux systèmes et accueillait favorablement le fait que la négociation d'une révision plus large du régime communautaire de commerce de droits d'émission soit en cours, dans le but de renforcer la compétitivité européenne.

Le vote a mis en lumière de nouvelles différences au sein des propres familles politiques. Certains eurodéputés populaires se sont démarqués de la ligne majoritaire du PPE et ont voté contre, bien que ce ne soit pas le cas de la secrétaire générale de la formation, Dolors Montserrat, qui a maintenu le sens de vote de son groupe. Pour leur part, les formations situées à gauche du PSOE ont opté pour l'abstention, tandis que Vox a voté contre.

Le dossier montre que les divergences ne se produisent pas uniquement entre les partis qui soutiennent la majorité pro-européenne, mais aussi au sein de chaque famille politique. Sur des questions telles que la politique climatique, la compétitivité industrielle et le coût de la transition énergétique, les positions nationales peuvent introduire des nuances qui altèrent la discipline de vote.

Une relation ouverte, avec de l'espace pour explorer d'autres alliances lorsque les différences politiques bloquent un accord. Le PPE a démontré qu'il peut faire appel à sa droite pour faire avancer certains dossiers, tandis que les socialistes, les libéraux et les verts ne partagent pas toujours une même position. Les votes de septembre dessinent un Parlement qui va au-delà des ruptures ponctuelles : les populaires et les socialistes continuent de trouver suffisamment de points de rencontre pour soutenir une bonne partie de l'activité législative européenne.

La défense, la santé, la pêche ou l'économie montrent que la coopération continue d'être un outil habituel, bien que non exclusif, pour construire des majorités à Strasbourg. La relation n'est pas fermée et ne garantit pas de fidélité à chaque vote, mais elle ne semble pas non plus vouée à une rupture définitive. La majorité de Von der Leyen peut se permettre de regarder vers d'autres partenaires, mais, quand vient le moment de voter, elle revient souvent vers les mêmes.