Le bureau de supervision interne du Pentagone a diffusé ce lundi un rapport monographique sur la guerre d'Iran qui constitue le premier bilan officiel du Département de la Défense concernant les pertes de matériel et d'infrastructures américaines subies durant l'opération 'Fureur Épique' (OFE). Le document chiffre le coût à près de 29.000 millions d'euros et alerte sur des "déficits stratégiques" dans l'arsenal de munitions, en plus de "goulots d'étranglement" dans leur réapprovisionnement.
Selon les détails fournis par le Bureau de l'inspecteur général du Département de la Défense dans un rapport de 44 pages auquel a eu accès Europa Press, le "coût estimé" par le Pentagone s'élève à "33.400 millions de dollars (28.919 millions d'euros) au 29 juin", ce qui n'inclut pas les opérations menées durant une grande partie de l'été. De ce montant, plus des deux tiers --22.300 millions de dollars ou 19.312 millions d'euros-- correspondent à "munitions consommées".
Le texte admet, néanmoins, des "défis" lorsqu'il s'agit de quantifier avec précision les ressources destinées à cette guerre, étant donné que "le Congrès n'a pas attribué de fonds spécifiquement". "L'absence d'une ligne budgétaire spécifique pour l'OFE complique le calcul du "coût" total de cette opération", explique le rapport.
Le calcul n'incorpore pas non plus les dépenses associées à "réparer l'infrastructure endommagée", puisque le Département de la Défense "n'a pas encore défini quelle sera sa future posture dans la région, comment il construira ses bases ni quel pourcentage des coûts de construction seront pris en charge par les alliés et partenaires". "Il ne prend pas non plus en compte les répercussions économiques plus larges, comme l'augmentation des prix du carburant résultant de la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran", ajoute le bureau de l'inspecteur.
Le document rappelle également que la Maison Blanche a envoyé au Congrès le 24 juin une demande de fonds extraordinaires de 87.600 millions de dollars (près de 75.900 millions d'euros), dont 67.100 millions de dollars (plus de 58.100 millions d'euros) sont destinés au Pentagone "principalement pour couvrir les besoins de l'OFE".
Moins d'un mois après, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a averti devant les législateurs que, sans ce paquet supplémentaire, le Département de la Guerre (DoW) pourrait faire face à de graves déficits qui mettraient en péril sa capacité à payer les salaires du personnel militaire, à remplacer une partie de l'équipement et des munitions consommées lors d'opérations de contingence et à soutenir des missions mondiales considérées comme essentielles.
Parallèlement, l'inspecteur général ajoute à la facture les 113 millions de dollars (97,9 millions d'euros) en dépenses communiquées par le Département d'État au 2 juin, parmi lesquelles 79,2 millions de dollars (68,6 millions d'euros) en "contingences résultant du conflit, telles que les frais d'évacuation pour le personnel du Département et ses familles, les citoyens américains et les ressortissants de pays tiers qui remplissaient les conditions". À cela s'ajoute un "coût estimé" de 184 millions de dollars pour les dommages subis par les installations diplomatiques américaines en Irak, au Koweït, en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis.
"Déficits stratégiques" de munitions et pression sur l'industrie
L'organe de contrôle du Pentagone souligne le poids que les munitions ont eu dans les dépenses totales, un chapitre dont la disponibilité est devenue l'une des principales critiques à l'égard des forces américaines pendant l'opération 'Furie Épique'. Malgré cela, la veille, le chef du Commandement Central des États-Unis (CENTCOM), Brad Cooper, a affirmé qu'il "n'est absolument pas inquiet" d'un éventuel manque de stocks.
Le rapport de l'Inspecteur Général, citant le Bureau du sous-secrétaire à la Défense pour les Acquisitions et le Soutien (OUSWAS), soutient que "la consommation de munitions pendant l'OFE a provoqué des déficits stratégiques dans l'inventaire et a mis en évidence des goulets d'étranglement dans la base industrielle pour le réapprovisionnement en munitions".
En réponse à ces tensions, le document indique que le Département "travaille à rationaliser les processus d'acquisition et à réduire les délais de production, ainsi qu'à constituer des réserves de matériaux critiques, de composants et de munitions sélectionnées".
Pertes humaines et dommages matériels au Moyen-Orient
Au-delà du décaissement lié à l'offensive contre l'Iran, le rapport détaille également le bilan des pertes et de la destruction causée par la guerre, avec 18 militaires décédés et plus de 400 blessés, en plus de la destruction totale ou partielle de dizaines d'aéronefs et de centaines de bâtiments dans des bases américaines réparties au Moyen-Orient.
"Le Département de la Guerre a informé que, entre le 28 février et le 30 juin, sept membres des Forces Armées américaines sont morts au combat et sept autres sont décédés dans des incidents non hostiles pendant les opérations de combat de l'OFE", indique le texte, qui ajoute que "quatre autres militaires sont morts au combat en juillet". De plus, "417 militaires ont été blessés au combat" jusqu'au 30 juin.
Le bureau estime à "plus de 50.000" les effectifs des Forces Armées déployés en soutien à l'opération et "dans toute la zone de responsabilité" du Commandement Central des États-Unis (CENTCOM), avec pour objectif de "réduire la vulnérabilité des troupes et de maintenir la capacité de combat".
En ce qui concerne les dommages aux infrastructures, le rapport, s'appuyant sur des données du CENTCOM, indique que "pendant le conflit, les attaques iraniennes ont endommagé et détruit des centaines de bâtiments et de structures dans des bases américaines situées au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie".
"De plus, des dizaines d'aéronefs américains ont été détruits ou endommagés pendant l'opération", conclut le bureau de l'inspecteur général du Pentagone, qui précise un total de 57 appareils affectés, plus de la moitié d'entre eux étant des drones MQ-9 ISR, un modèle qui a été abattu à de nombreuses reprises par les forces iraniennes.