Mauvais temps pour Emmanuel Macron. Peut-être même prévisibles, compte tenu de la progressive perte de confiance des Français envers leur président, depuis qu'en 2017, il a accédé au poste avec la promesse de surmonter la division traditionnelle entre gauche et droite et de renouveler la politique du pays.
Neuf ans plus tard, son projet fait face à une crise marquée par l'usure de son leadership, la fragmentation parlementaire, la succession de gouvernements fragiles et un malaise social en France qui a de nouveau enflammer les rues.
De la victoire de 2017 à la réélection de 2022
Macron a fait irruption dans la politique française après avoir été ministre de l'Économie pendant la présidence de François Hollande. En 2016, il a lancé En Marche!, un mouvement avec lequel il cherchait à attirer des électeurs provenant à la fois de la gauche et de la droite. Sa candidature s'est présentée comme une alternative aux partis traditionnels, affaiblis par l'usure de leurs dirigeants et par la polarisation électorale croissante.
La stratégie a culminé lors des élections présidentielles de mai 2017. Macron a battu Marine Le Pen au second tour avec 66,1 % des voix, contre 33,9 % pour son rival. La victoire lui a permis d'arriver à l'Élysée avec une image de renouvellement politique et une majorité parlementaire qui a facilité la mise en œuvre de son programme.
Les premiers signes de mécontentement sont apparus rapidement. En 2018, le mouvement des gilets jaunes a commencé comme une protestation contre l'augmentation des prix des carburants et a fini par incorporer des revendications plus larges sur le pouvoir d'achat, la fiscalité et la distance entre les élites politiques et une partie de la population. Les mobilisations ont contraint le gouvernement à répondre par des mesures économiques et ont ouvert une période de tension entre le président et des secteurs qui considéraient que ses politiques ne prenaient pas en compte leurs difficultés quotidiennes.
Macron a réussi à conserver la présidence en 2022, à nouveau face à Le Pen, mais son résultat était inférieur à celui de cinq ans auparavant : il a obtenu 58,6 % des voix au second tour. La victoire lui a accordé un second mandat, bien que les législatives qui ont eu lieu peu après aient révélé un changement décisif. Sa coalition a obtenu 245 sièges, en dessous des 289 nécessaires pour atteindre la majorité absolue à l'Assemblée nationale.
La réforme des retraites aggrave l'usure
La perte de la majorité absolue a obligé l'Exécutif à négocier avec d'autres forces pour faire avancer ses initiatives. Le défi est devenu particulièrement visible avec la réforme des retraites, l'un des principaux enjeux du second mandat. La mesure a élevé de 62 à 64 ans l'âge légal de la retraite et a provoqué des mois de mobilisations syndicales et de manifestations dans différentes villes du pays.
Le Gouvernement a recouru à l'article 49.3 de la Constitution pour approuver la réforme sans un vote final ordinaire à l'Assemblée Nationale, un outil constitutionnel qui permet de faire avancer certaines lois sous des conditions concrètes, mais qui a intensifié l'opposition politique et sociale. Le conflit a renforcé les critiques sur la manière d'exercer le pouvoir et sur la difficulté d'atteindre des accords larges concernant des décisions qui affectent directement la vie des citoyens.
La réforme est devenue l'un des symboles d'une Présidence de plus en plus exposée à la contestation. Le mécontentement accumulé concernant les retraites s'est ajouté aux difficultés liées au pouvoir d'achat et aux critiques sur la capacité des services publics à répondre aux besoins de la population.
La dissolution de 2024 ouvre une crise parlementaire
Le suivant grand point de basculement est arrivé en juin 2024. Lors des élections européennes, la liste liée au Rassemblement National de Marine Le Pen a obtenu un résultat bien supérieur à celui de la candidature présidentielle. Macron a répondu cette même nuit en dissolvant l'Assemblée Nationale et en convoquant des élections législatives anticipées, avec l'intention de redéfinir la corrélation des forces parlementaires.
Le résultat n'a pas rendu au président une majorité stable. L'alliance de gauche Nouveau Front Populaire a obtenu le plus grand nombre de sièges en tant que bloc, tandis que la coalition présidentielle est restée derrière et le Rassemblement National a renforcé sa présence parlementaire. La nouvelle Assemblée est restée divisée entre des forces avec de profondes différences sur la politique économique, l'immigration et l'orientation institutionnelle du pays. Aucun bloc n'a réussi à lui seul à obtenir une majorité absolue.
La décision de dissoudre la Chambre, par conséquent, n'a pas résolu le problème qu'elle prétendait aborder. Au lieu de simplifier la gouvernabilité, elle a laissé le président dépendant d'accords variables et a exposé l'Exécutif aux initiatives de censure de ses adversaires. La fragmentation a transformé l'approbation des budgets et la continuité des premiers ministres en questions centrales de la crise politique française.
Une succession de gouvernements sans stabilité
La difficulté à construire une majorité s'est reflétée dans la succession de premiers ministres. Michel Barnier, nommé en septembre 2024, a perdu son poste en décembre de cette année après que l'Assemblée a approuvé une motion de censure contre son Gouvernement. Ce fut un signe de la fragilité d'un Exécutif qui avait besoin de soutiens externes pour faire avancer ses principales initiatives.
François Bayrou a pris la tête du Gouvernement en décembre 2024, mais n'a pas non plus réussi à consolider une base parlementaire suffisante. En septembre 2025, il a perdu un vote de confiance lié à la situation budgétaire du pays. Macron a alors désigné Sébastien Lecornu, qui a dû faire face au même problème structurel : négocier avec une Chambre divisée et chercher des soutiens pour éviter une nouvelle chute de l'Exécutif.
La succession de gouvernements a réduit la capacité du président à imposer une agenda propre et a maintenu la politique française centrée sur la survie parlementaire de chaque Exécutif. Les différences sur les dépenses publiques, la dette et les ajustements budgétaires ont compliqué les accords, tandis que l'opposition a trouvé de nouvelles opportunités pour remettre en question la stratégie présidentielle.
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Le malaise social revient dans les rues
En octobre 2026, les manifestations ont de nouveau mis à l'épreuve la réponse de l'État. Les mobilisations ont commencé avec des revendications étudiantes liées au manque de professeurs, à la détérioration des centres éducatifs et à l'insuffisance des ressources, mais se sont étendues à des demandes concernant les prix, les salaires, le logement et les services publics. L'ampleur des revendications relie la mobilisation actuelle à des conflits sociaux antérieurs, bien que cela ne signifie pas que tous les participants partagent les mêmes demandes.
Les manifestations ont également donné lieu à des épisodes de violence, avec des pillages, des dommages aux commerces et des attaques contre des bâtiments publics. Les autorités ont attribué une partie des troubles à des groupes d'extrême gauche et à des criminels.
La réponse politique a dû faire la distinction entre le droit à la protestation pacifique et les actes délictueux. Macron a appelé au calme et a rejeté que la violence justifie de négliger les revendications sociales. En même temps, l'Exécutif a annoncé des mesures de soutien aux entreprises touchées et a autorisé des restrictions locales à certaines manifestations.
Une présidence affaiblie face à 2027
Les données d'opinion reflètent l'ampleur de l'usure. L'observatoire politique d'Elabe publié en octobre 2026 place à 17% la proportion de Français qui font confiance à Macron pour faire face efficacement aux principaux problèmes du pays, trois points de moins que le mois précédent. La méfiance atteint 79%, un indicateur qui montre la difficulté du président à maintenir le soutien même au-delà des blocs qui s'opposent traditionnellement à lui.
La chute de la confiance se produit dans un contexte où Macron ne peut plus prétendre à un troisième mandat présidentiel consécutif en 2027. La fin de son mandat à l'Élysée approche sans qu'il ait réussi à résoudre le blocage parlementaire survenu après la dissolution de 2024.