José Luis Rodríguez Zapatero rompt ce jeudi son silence médiatique. L'ancien président du gouvernement donnera sa première interview depuis l'ouverture de l'enquête judiciaire liée au sauvetage public de Plus Ultra et depuis sa déclaration devant la Audiencia Nacional du mois de juin dernier.
L'interview sera diffusée à partir de 13h00 dans le programme Mañaneros 360 et sera réalisée par le journaliste Javier Ruiz. Elle pourra être suivie en direct à la fois sur La 1 de Televisión Española et via RTVE Play.
La comparution arrive à un des moments les plus délicats de la trajectoire publique de l'ancien président. Deux jours auparavant, l'homme d'affaires Julio Martínez, ami et ancien collaborateur professionnel de Zapatero, a confirmé devant le juge José Luis Calama que l'ancien chef de l'exécutif avait intervenu dans les démarches pour obtenir un financement pour Plus Ultra. Zapatero a nié devant le magistrat avoir exercé une influence sur des fonctionnaires ou des responsables publics.
À quelle heure est l'interview de Zapatero ?
L'interview commencera ce jeudi, 23 juillet, à 13h00, dans Mañaneros 360.
Le programme est diffusé habituellement du lundi au vendredi entre 10h35 et 15h00. La conversation sera animée par Javier Ruiz, co-présentateur de l'émission avec Adela González.
Où peut-on la voir ?
L'interview pourra être suivie par deux voies : À la télévision, via La 1. Par internet et appareils mobiles, dans la diffusion en direct de RTVE Play.
RTVE a annoncé que Zapatero se rendra sur le plateau de l'émission, donc il ne s'agira pas d'une intervention enregistrée ou réalisée par connexion à distance.
Sa première interview depuis l'affaire Plus Ultra
Zapatero a déclaré comme mis en examen devant la Audiencia Nacional le 17 juin. Lors de sa comparution, il a nié avoir intervenu pour obtenir que l'État accorde un financement à Plus Ultra et a affirmé qu'il n'avait pas exercé de pression ni contacté des responsables publics liés au dossier.
Le prêt public accordé à la compagnie aérienne s'élevait à 53 millions d'euros et a été approuvé en 2021, dans le cadre du fonds créé pour aider les entreprises stratégiques touchées par la pandémie.
Après sa déclaration, Zapatero a défendu publiquement sa "décence et honnêteté" et a assuré qu'il collaborerait pour prouver la légalité de ses actions. Jusqu'à présent, cependant, il n'avait accordé aucune interview extensive dans laquelle il aurait été interrogé sur les contradictions et les éléments ajoutés ultérieurement à la procédure.
La déclaration de Julio Martínez augmente la pression
Le contexte a changé cette semaine avec la déclaration de Julio Martínez, administrateur de la consultante Análisis Relevante.
Martínez a affirmé devant le juge que Zapatero est intervenu dans le processus et que “il marquait les étapes à suivre” pour chercher un financement pour la compagnie aérienne. Il a également indiqué que les honoraires payés pour la médiation s'élevaient à 1% du sauvetage, environ 530.000 euros. Cependant, il a soutenu qu'il ne sait pas devant quelles personnes concrètes Zapatero a effectué les supposées démarches.
Les affirmations de Martínez doivent être vérifiées durant l'enquête et ne déterminent pas à elles seules la responsabilité pénale de l'ancien président. Elles soulèvent cependant une version apparemment différente de celle offerte par Zapatero devant le juge.
Les questions auxquelles doit répondre Zapatero
- Quel rôle a-t-il réellement joué dans le sauvetage ?
La question centrale est de déterminer ce que Zapatero a exactement fait en relation avec Plus Ultra.
L'ancien président devra clarifier s'il s'est limité à offrir des conseils politiques ou commerciaux, s'il a participé à des réunions liées à la société ou s'il a effectué des démarches auprès des responsables de l'Administration, de la SEPI ou des membres du Gouvernement.
Il devra également expliquer qui il a appelé, avec qui il s'est réuni et quelles informations il a transmises durant les mois précédant l'octroi du prêt.
- Pourquoi Julio Martínez affirme-t-il que “il marquait les étapes” ?
Zapatero a affirmé devant le juge que Martínez ne lui a jamais demandé ni insinué qu'il réalise une quelconque action illégale. L'entrepreneur soutient maintenant que l'ancien président dirigeait les démarches nécessaires pour obtenir un financement.
L'entretien devra clarifier comment Zapatero explique cette contradiction et pourquoi celui qui était son collaborateur lui attribue maintenant un rôle central dans l'opération.
- Savait-il à l'avance que le sauvetage serait approuvé ?
Une autre question pertinente est de savoir si Zapatero ou son entourage ont eu accès à des informations sur l'évolution du dossier avant que les organes concernés n'adoptent formellement leurs décisions.
Les enquêtes analysent des communications qui auraient permis à la compagnie aérienne de connaître à l'avance des nouveautés sur le financement. Zapatero devra répondre s'il a reçu des informations réservées, qui les lui a fournies et s'il les a transmises à Martínez ou aux responsables de Plus Ultra.
- Quels services a fournis Análisis Relevante ?
Le consultant Análisis Relevante se trouve au centre de l'enquête. Martínez a chiffré à environ 530 000 euros les honoraires liés à la médiation pour obtenir le sauvetage.
Zapatero devra préciser quelle relation contractuelle il entretenait avec l'entreprise, combien il a personnellement perçu, quels travaux il a réalisés et comment les services fournis ont été justifiés par des documents.
Il devra également clarifier si sa fonction consistait à offrir des analyses et des conseils ou si elle incluait des contacts avec des administrations et des autorités.
- Quelle est l'origine des bijoux trouvés dans son bureau ?
Lors des perquisitions, des bijoux évalués provisoirement à environ 1,3 million d'euros ont été localisés. Cette découverte a donné lieu à une enquête séparée pour d'éventuels délits fiscaux ou de contrebande.
Lorsqu'il a été interrogé devant le juge sur cette question, Zapatero a exercé son droit de ne pas répondre car sa défense a soutenu qu'il n'avait pas eu suffisamment de temps pour préparer ses réponses.
L'entretien offre la première occasion d'expliquer publiquement à qui appartenaient les bijoux, quelle était leur provenance, pourquoi ils se trouvaient dans son bureau et quels documents attestent de leur acquisition et de leur traitement fiscal.
- Quelle relation existe-t-il entre son activité et les entreprises de ses filles ?
L'enquête a également mis l'accent sur des activités commerciales liées à l'environnement familial de l'ancien président.
Zapatero devra expliquer s'il y avait un lien entre son travail de consultant, les clients d'Análisis Relevante et les sociétés liées à ses filles. L'existence de relations commerciales n'implique pas en soi d'irrégularité, mais nécessite une explication transparente face aux soupçons soulevés dans la procédure.
- Maintient-il sa version après les dernières déclarations ?
La question définitive sera de savoir si Zapatero maintient intégralement ce qu'il a déclaré en juin ou s'il souhaite nuancer un aspect après les affirmations de Julio Martínez.
L'ancien président a nié avoir exercé la moindre influence pour favoriser Plus Ultra. L'entretien devra permettre de vérifier s'il apporte des documents, des noms, des dates ou des explications concrètes qui soutiennent cette version.
Une interview avec des conséquences politiques
L'intérêt de la comparution transcende le domaine judiciaire. Zapatero reste une figure influente au sein du PSOE et un référent pour une partie de l'électorat progressiste.
Le Gouvernement a défendu la présomption d'innocence de l'ancien président et la correction de la procédure par laquelle le prêt a été accordé. En même temps, des dirigeants de Sumar et d'autres partenaires parlementaires ont demandé des explications plus détaillées, notamment sur les bijoux et les activités de conseil.
La pertinence de l'entretien ne dépendra pas seulement du fait que Zapatero renie à nouveau les délits enquêtés. La clé sera de vérifier s'il répond avec précision aux questions, fournit des informations vérifiables et parvient à résoudre les contradictions qui sont apparues au cours des dernières semaines.