L'économie espagnole a besoin de plus que de collecter pour soutenir sa croissance. C'était l'un des messages laissés ce mercredi lors de la présentation à Madrid de La courbe de Laffer et l'économie de l'offre. Réductions fiscales pour la croissance, une œuvre impulsée par l'Instituto de Estudios Económicos (IEE), centre d'études lié à la CEOE, en collaboration avec l'Institut Juan de Mariana.
Le livre, qui compte avec une préface de Arthur B. Laffer, a été présenté au siège de l'IEE, dans la Salle Carlos Ferrer Salat, par son président, Íñigo Fernández de Mesa, et par son directeur général, Gregorio Izquierdo, aux côtés de Manuel Llamas et Diego Sánchez de la Cruz, de l'Institut Juan de Mariana. L'œuvre réunit également les contributions de Brian Domitrovic et Fernando Pinto et récupère les fondements de l'économie de l'offre pour les amener au débat économique du XXIe siècle.
Mais la présentation a fini par dériver vers une question très concrète : que devrait faire l'Espagne si les principes défendus par Laffer et par l'économie de l'offre s'appliquent à sa situation économique actuelle. La réponse des intervenants a esquissé six domaines d'action : IRPF, Patrimoine, fiscalité des entreprises, impôts sur les banques et les entreprises électriques, taxation du logement et dépenses publiques.
Il ne s'agit pas, selon leurs explications, d'une défense de la réduction fiscale comprise exclusivement comme une diminution des revenus de l'État. L'argument qui traverse l'œuvre est que les impôts modifient les incitations des travailleurs, des entreprises, des épargnants et des investisseurs et, par conséquent, peuvent finir par affecter les décisions qui déterminent l'investissement, l'emploi, la productivité et la croissance.
Déflationner l'IRPF pour éviter que l'inflation n'élève la facture fiscale
La première mesure que les responsables de l'IEE ont proposée est déflationner l'IRPF. L'argument est particulièrement pertinent dans un scénario d'inflation : si les salaires nominaux augmentent pour compenser la hausse des prix, mais que les tranches de l'impôt ne sont pas mises à jour dans la même proportion, le contribuable peut finir par payer plus même s'il n'a pas augmenté sa capacité d'achat réelle.
Fernández de Mesa a défendu lors de la rencontre que cette situation pénalise particulièrement l'effort supplémentaire et peut désinciter à la génération et à la rétention de talent. La question n'est pas uniquement combien d'argent collecte le fisc, mais combien de cette augmentation provient réellement d'une plus grande capacité économique et combien d'un déplacement des contribuables vers des tranches supérieures provoqué par l'inflation.
La mise à jour des tranches de l'IRPF devient ainsi la première des réformes que l'IEE met sur la table.
Réviser le Patrimoine et la fiscalité sur la richesse
Le deuxième front est l'Impôt sur le Patrimoine, dont la configuration, selon le plan exposé lors de la présentation, devrait être révisée et pondérée en tenant compte de ses effets sur l'épargne et l'investissement.
L'économie de l'offre part du principe que le capital ne reste pas nécessairement immobile face aux changements fiscaux. La rentabilité attendue d'un investissement, le traitement des actifs et la sécurité juridique font partie des décisions prises par ceux qui disposent de ressources pour investir.
Le débat sur le Patrimoine s'intègre ainsi dans une discussion plus large sur la fiscalité du capital en Espagne et sur l'équilibre entre collecte et capacité d'attirer et de retenir l'investissement.
Une entreprise soumise à de multiples figures fiscales
Le troisième bloc affecte directement les entreprises. Les responsables de l'IEE estiment nécessaire de réviser et pondérer l'ensemble de la fiscalité des entreprises, en tenant compte du fait que les sociétés supportent différentes figures fiscales et charges associées à leur activité.
Le plan se connecte à l'un des principes centraux du livre : la croissance n'apparaît pas par décret. Elle nécessite des entreprises prêtes à investir, à embaucher, à innover et à prendre des risques. Et ces décisions, soutiennent les auteurs, sont conditionnées par le cadre fiscal, réglementaire et institutionnel.
La question qu'ils posent n'est donc pas uniquement quel est le taux nominal d'un impôt, mais quelle est la charge effective que finit par supporter une entreprise lorsqu'elle décide de produire, d'embaucher ou d'élargir un investissement en Espagne.
Banque et entreprises électriques : réviser les impôts spécifiques
Le quatrième point soulevé lors de la présentation concerne les taxes spécifiques sur la banque et les compagnies électriques. Les intervenants ont demandé de réviser ces figures et d'analyser leur impact sur l'activité économique.
L'argument remet les incitations au centre. Dans le cas de la banque, une plus grande charge fiscale peut finir par se transférer, selon les circonstances, au coût de financement ou à la rentabilité du secteur. Dans le cas énergétique, la fiscalité fait partie d'une structure de coûts qui finit par affecter les entreprises et les consommateurs.
L'IEE soulève ainsi la nécessité d'analyser chaque figure fiscale non seulement pour sa capacité de collecte immédiate, mais aussi pour les conséquences qu'elle peut générer sur l'investissement, les prix et l'activité.
Le logement, imposé à l'achat, à la vente et à la détention
Le cinquième des grands fronts signalés lors de la présentation est le logement.
La réflexion de l'IEE part d'une contradiction : le logement est un bien essentiel et, pourtant, il accumule différentes charges fiscales tout au long de son cycle. On impose à différentes phases liées à son acquisition, sa transmission et sa détention, tandis que l'Espagne fait face en même temps à un problème d'offre insuffisante dans une grande partie du territoire.
Les auteurs du livre soutiennent que la fiscalité doit également être analysée du point de vue de ses effets sur l'offre. Si augmenter le coût d'acquisition, de transmission ou de développement de logements réduit les incitations à générer une nouvelle offre, l'effet final peut finir par affecter le prix et l'accès au logement.
C'est l'un des exemples où la thèse de l'économie de l'offre se connecte de manière plus directe avec l'un des problèmes économiques que supportent actuellement les ménages espagnols.
La sixième question : où finit l'argent des contribuables
Le sixième point s'éloigne d'un impôt concret et pointe directement vers le dépense publique.
Íñigo Fernández de Mesa a mis l'accent sur une question qu'il considère indissociable du débat fiscal : si la collecte augmente, le contribuable doit pouvoir savoir ce qu'il reçoit en retour.
Lors de la présentation, le président de l'IEE a défendu la nécessité d'un exercice de transparence pour déterminer où se termine l'augmentation des revenus publics. Son raisonnement était simple : si une entreprise augmente ses revenus, ses actionnaires et gestionnaires peuvent exiger de savoir comment cet argent est utilisé. À son avis, un principe similaire devrait s'appliquer au secteur public.
La réflexion l'a accompagnée d'exemples concrets sur la perception des services publics : les routes, les trains, le fonctionnement de la Justice ou les difficultés pour obtenir un rendez-vous préalable avec l'Administration. Le raisonnement de l'IEE est qu'une plus grande collecte ne devrait pas être analysée uniquement du côté des revenus, mais aussi de la qualité et de l'efficacité des dépenses qu'elle finance.
Fernández de Mesa a ajouté un autre élément au débat : l'Espagne fonctionne depuis plusieurs années sans des Budgets Généraux de l'État approuvés pour chaque exercice. Pour le président de l'IEE, les comptes publics constituent précisément l'outil qui permet de vérifier quelles priorités a une Administration, combien elle consacre à chacune et quels résultats elle obtient.
La courbe de Laffer, au-delà de la baisse des impôts
La présentation n'a pas prétendu convertir la célèbre courbe de Laffer en une formule automatique selon laquelle toute réduction fiscale génère plus de revenus. En fait, Gregorio Izquierdo a insisté sur le fait qu'elle doit être comprise comme un outil pour analyser la relation entre fiscalité et comportement économique.
L'idée centrale est que la collecte ne dépend pas exclusivement du pourcentage appliqué, mais aussi de la manière dont les contribuables réagissent à ce pourcentage. Des taux plus élevés peuvent augmenter les revenus jusqu'à un certain point, mais, à partir de là, une pression plus forte peut modifier les décisions de travail, d'investissement, d'épargne ou de production.
C'est précisément ce raisonnement que le livre cherche à récupérer pour le débat actuel.
L'œuvre revendique l'héritage intellectuel de Laffer et d'autres économistes liés à l'économie de l'offre, parmi eux Robert Mundell, et soutient que leurs contributions restent pertinentes face à des problèmes tels que la faible croissance potentielle, la concurrence internationale pour le capital et le talent, le vieillissement démographique ou l'endettement public élevé.
Le message commun de ses auteurs est que il n'existe pas de prospérité durable sans création préalable de richesse. Et pour la créer, soutiennent-ils, il faut de l'investissement, des entreprises, de l'innovation, de l'emploi et un cadre qui ne pénalise pas inutilement ces décisions.
De Laffer à l'Espagne : le débat sur les incitations
La pertinence que les auteurs attribuent à l'économie de l'offre ne se limite donc pas à demander une réduction générale des impôts. Leur raisonnement part d'une question préalable : que se passe-t-il avec l'économie lorsque les décisions de travailler, d'épargner, d'investir ou d'entreprendre rencontrent un système fiscal qui élève progressivement son coût.
De là viennent les six propositions qui ont été mises sur la table lors de la présentation : défiscaliser l'IRPF, revoir le Patrimoine, analyser l'ensemble de la fiscalité des entreprises, revoir les impôts spécifiques sur les banques et les entreprises électriques, reconsidérer la fiscalité qui pèse sur le logement et soumettre les dépenses publiques à un plus grand examen.
Le livre vise à transférer au débat économique espagnol une école de pensée qui est née avec une force particulière dans les années soixante-dix et qui a placé les incitations, la production et la compétitivité au centre de l'analyse de la croissance.
La conclusion de ses auteurs est que la croissance ne peut pas être décrétée. Elle dépend de millions de décisions individuelles et d'entreprises qui se produisent dans un cadre fiscal, réglementaire et institutionnel déterminé. La discussion qu'ils soulèvent maintenant est de savoir dans quelle mesure ce cadre espagnol favorise ces décisions ou, au contraire, introduit des coûts qui finissent par les limiter.
Laffer à Madrid : un livre, et aucune référence à la politique espagnole
Arthur B. Laffer n'était pas physiquement présent à la présentation de ce mercredi, bien qu'il signe la préface du livre. Les auteurs ont eu l'occasion de le rencontrer à Madrid et de partager un repas au cours duquel, selon ce qu'a pu apprendre DEMÓCRATA, ils ont discuté de l'œuvre et de leurs propositions économiques.
Lors de cette rencontre, précisent les auteurs, la situation économique concrète de l'Espagne n'a pas été abordée et aucune force politique espagnole n'a été mentionnée. Cette précision prend de l'importance après que Laffer a participé vendredi dernier au Congrès des Députés lors de journées organisées par la Fondation Disenso aux côtés de Santiago Abascal et d'autres dirigeants de Vox. Lors de cet événement, l'économiste américain a exposé ses positions sur la fiscalité et la déréglementation et a montré publiquement son soutien aux propositions économiques de Vox.
Diego Sánchez de la Cruz a confirmé à notre journal que les contacts de Laffer avec la politique espagnole ne se sont pas limités à Vox. Selon ce qu'il a expliqué, l'économiste américain a également eu des réunions avec des représentants d'autres formations et aurait eu une rencontre avec le Parti Populaire. Sánchez de la Cruz a également souligné que Laffer admirait particulièrement José María Aznar en tant que dirigeant politique.