L'organisation Amnesty International (AI) a dénoncé ce jeudi que l'armée israélienne a intensifié ses actions pour accélérer l'annexion du Territoire Palestinien Occupé, émettant de nouveaux ordres "illégaux" de confiscation de terres en Cisjordanie, même à l'intérieur de la zone gérée uniquement par l'Autorité Palestinienne.
Selon l'ONG, en juillet, l'armée israélienne a signé au moins 15 ordres de confiscation affectant environ 200 dunams (20 hectares) dans les zones A et C de la gouvernorat de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, afin de relier les colonies d'Emek Dotan et Noa, dont la création a été autorisée par l'actuel gouvernement israélien au début de cette année.
"Ces derniers ordres de confiscation de la Zone A montrent comment Israël élargit maintenant sans vergogne son agenda d'annexion à des zones qui ont été sous le contrôle des autorités palestiniennes depuis les Accords d'Oslo", a critiqué la directrice régionale pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Heba Morayef.
Dans ce sens, elle a appelé les pays qui entretiennent "des relations commerciales et politiques étroites" avec Israël à adopter "des mesures urgentes pour faire pression sur Israël afin qu'il annule ces ordres". "Tout État qui apporte une assistance à l'expansion des colonies illégales d'Israël ou à d'autres crimes de guerre risque d'être complice de crimes internationaux contre les Palestiniens", a-t-elle averti.
Morayef a souligné que la construction de nouvelles voies pour relier les colonies "divise le gouvernorat de Jénine en zones "isolées", ce qui "sape l'intégrité géographique et économique" du territoire palestinien et nuit aux communautés locales, "les fragmentant encore plus et restreignant leur liberté de mouvement".
"Avec le déplacement forcé et le nettoyage ethnique des Palestiniens dans la Zone C, ces mesures illustrent en pratique la détermination des autorités israéliennes à intensifier leur annexion formelle de terres palestiniennes à travers la Cisjordanie", a-t-elle soutenu.
Selon l'ONG Peace Now, c'est la première fois depuis les Accords d'Oslo que des ordres sont émis dans la Zone A en faveur des colons et ne sont pas justifiés par des raisons de sécurité. Amnesty a également rappelé qu'en mai 2026, l'armée israélienne a confisqué des terrains privés dans la ville de Jénine pour installer une base militaire, tandis que les projets d'extension dans la zone E1, à l'est de Jérusalem, se poursuivent.
En relation avec le projet de connecter Emek Dotan et Noa, le bureau du gouverneur de Jénine a alerté que l'exécution de ces ordres —un plan qui séparera la ville d'autres gouvernorats palestiniens comme Tulkarem, Tubas et Naplouse— est déjà en cours, ce qui pourrait entraîner "des répercussions économiques négatives pour des centaines de familles" qui dépendent des champs cultivés et des oliveraies, juste aux portes de la saison de récolte des olives.
Les terres affectées appartiennent en majorité à des propriétaires privés des villages de Qabatiya, Arraba, Mirka, Misilya, Jirba et Al Yamun. La plus grande partie se situe le long de la route 60, qui traverse la Cisjordanie du nord au sud, a précisé Amnesty.
Le 29 juillet 2026, le Conseil Suprême de Planification de l'Administration Civile d'Israël a donné son feu vert à un projet pour élargir cette route, qui facilite le transit des colons à travers la Cisjordanie et est utilisée pour fermer l'accès aux localités palestiniennes par des portes métalliques, des contrôles et des barrières physiques.
Le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) a déjà averti en avril qu'il avait comptabilisé 925 obstacles qui limitent la liberté de mouvement d'environ 3,4 millions de Palestiniens en Cisjordanie.
Amnesty a ajouté que l'Armée a émis d'autres ordres de confiscation pour élargir les infrastructures et les routes destinées aux colons à différents points de la Cisjordanie, notamment Qusra, dans le gouvernorat de Naplouse, et Kufr Ni mé, dans le gouvernorat de Ramallah.
"En confisquant des terres palestiniennes pour étendre leurs colonies illégales, les autorités israéliennes intensifient des violations de longue date du Droit International et renforcent encore un système de dépossession et d'oppression", a déclaré Morayef.
Pour cela, il a insisté sur le fait que la "communauté internationale doit aller au-delà de la rhétorique" et adopter "des mesures concrètes", telles que "suspendre la coopération qui contribue à ces violations, conditionner les projets économiques avec Israël au retrait de ces ordres et s'assurer que les entreprises ne soutiennent pas des projets liés aux colonies".
Le Droit International considère illégales toutes les colonies dans les Territoires Palestiniens Occupés, bien que le gouvernement israélien distingue entre celles qu'il a autorisées et celles qu'il n'a pas, ne reconnaissant que ces dernières comme contraires à la loi, malgré les critiques de la communauté internationale et les décisions de la Cour Internationale de Justice (CIJ).
L'Zone C est la plus grande des trois divisions administratives dans lesquelles la Cisjordanie a été fragmentée après les Accords d'Oslo, de caractère provisoire et jamais pleinement mis en œuvre. Cette zone reste sous administration israélienne, tandis que la Zone B est sous gestion administrative de l'Autorité palestinienne et contrôle militaire d'Israël. À son tour, la Zone A est sous administration exclusive de l'Autorité palestinienne.