Le Gouvernement conçoit l'ANIFI, la nouvelle autorité contre le blanchiment d'argent.

Le Ministère de l'Économie prépare une réforme pour moderniser le système espagnol de prévention du blanchiment d'argent et élargir les contrôles à de nouveaux secteurs économiques comme les cryptoactifs, le crowdfunding et le football professionnel.

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Le Conseil des Ministres a approuvé le 28 juillet dernier, en première lecture, le Projet de Loi de mesures intégrales en matière de prévention du blanchiment de capitaux, du financement du terrorisme et du financement de la prolifération des armes de destruction massive. Sa pièce centrale est la création de l'Autorité Nationale pour l'Intégrité Financière (ANIFI), un organisme appelé à unifier en une seule structure les compétences qui sont aujourd'hui réparties entre le Sepblac et la Secrétariat de la Commission de Prévention du Blanchiment de Capitaux et des Infractions Monétaires.

Le texte, qui est maintenant soumis à audience publique jusqu'au 30 septembre, ne crée pas l'ANIFI de zéro : la nouvelle autorité naît de la transformation du FROB, qui perd ses fonctions de résolution bancaire exécutive (qui passent à la Banque d'Espagne et à la CNMV) et se reconvertit entièrement en la nouvelle autorité d'intégrité financière, conservant sa personnalité juridique et son régime budgétaire et fiscal actuel.

Contrôle parlementaire et judiciaire

Le projet de loi configure l'ANIFI comme une autorité administrative indépendante qui agira avec autonomie organique et fonctionnelle, en dehors du Gouvernement et de toute entité publique ou privée dans l'exercice de ses fonctions. Si elle est approuvée dans les termes proposés par l'Exécutif, elle sera liée au Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Entreprise par l'intermédiaire de la Secrétariat d'État à l'Économie et au Soutien à l'Entreprise, bien que le texte précise que ce lien "en aucun cas" ne pourra affecter son autonomie et son indépendance.

La nouvelle autorité assumera le rôle d'unité de renseignement financier unique du pays, avec la capacité de recevoir et d'analyser les communications d'opérations suspectes des sujets obligés, les informations envoyées par les douanes et les données d'autres superviseurs. À cette fonction s'ajoutent la supervision et l'inspection du respect des normes, le pouvoir de dicter des circulaires et des instructions techniques, ainsi que l'instruction et la résolution des dossiers de sanctions, y compris l'imposition d'amendes coercitives.

L'organisme aura également voix au chapitre dans l'octroi de licences à de nouvelles entités obligées, évaluant l'aptitude des administrateurs et des bénéficiaires effectifs, gérera les sanctions financières internationales et les blocages de fonds liés au financement de la prolifération, et sera l'interlocuteur espagnol auprès de la future Autorité Européenne de Lutte contre le Blanchiment (AMLA).

Une Commission Rectorale

Le gouvernement de l'ANIFI reposera sur deux organes : la Présidence et la Commission Rectora. La Présidence sera nommée par décret royal du Conseil des Ministres, sur proposition du titulaire de l'Économie, pour un mandat de cinq ans, après consultation de la Commission de Prévention du Blanchiment de Capitaux. La Commission Rectora, pour sa part, intégrera (en plus de la Présidence) des représentants permanents du Ministère de l'Économie, de la Banque d'Espagne, de la CNMV, de la Direction Générale des Assurances et des Fonds de Pension, et des ministères des Finances, de l'Intérieur et de la Présidence ou de la Justice, tous ayant un rang minimum de secrétaire d'État.

Ce organe collégial aura des fonctions non déléguables telles que l'approbation du budget et des comptes annuels, le règlement intérieur, le code de conduite du personnel, et l'ouverture et la résolution des procédures sanctionnatrices. Tous les sujets obligés, de plus, devront désigner un représentant auprès de l'ANIFI, ce qui permettra à l'autorité de disposer d'un recensement complet pour appliquer une supervision basée sur le risque.

Financement propre

Un des traits que le Ministère de l'Économie souligne dans sa présentation du projet de loi est que l'ANIFI disposera d'un système de financement autonome, sans dépendre des Budgets Généraux de l'État. Elle sera alimentée par une taxe appliquée aux sujets obligés soumis à une licence administrative — principalement des entités financières et des opérateurs de jeux — et par un pourcentage limité des sanctions que l'autorité elle-même imposera, destiné à financer ses tâches de prévention et de coopération internationale.

Nouveaux sujets obligés

Au-delà de la conception institutionnelle, le projet de loi élargit de manière notable le catalogue des sujets obligés à se conformer à la réglementation anti-blanchiment. Sont incorporés, entre autres, les fournisseurs de services de cryptoactifs, les plateformes de financement participatif (crowdfunding) et, comme nouveauté la plus frappante, les clubs et agents de football professionnel. La réforme renforce également la transparence sur la propriété réelle, avec de nouveaux pouvoirs d'inspection et de sanction sur le Registre Central, et durcit les exigences d'aptitude pour empêcher que des personnes condamnées pour blanchiment puissent agir en tant que sujets obligés ou les diriger.

Le Gouvernement encadre cette mise à jour comme la plus grande révision du système espagnol de prévention du blanchiment depuis plus de trois lustres, avec laquelle il cherche à répondre à l'essor des cryptoactifs et aux techniques de plus en plus sophistiquées des réseaux criminels, en plus de préparer le pays à l'évaluation mutuelle que le GAFI commencera sur l'Espagne tout au long de 2026.

Toujours sans date pour arriver au Congrès

La réforme répond à l'objectif double de renforcer l'architecture institutionnelle espagnole dans la lutte contre le blanchiment et d'adapter la réglementation nationale au paquet anti-blanchiment européen approuvé en 2024 (les règlements UE 2024/1624 et 2023/1113) ainsi qu'aux exigences du Groupe d'Action Financière International (GAFI), en vue de l'évaluation mutuelle que l'organisme commencera sur l'Espagne en 2026.

Malgré l'ambition du projet, le texte se trouve encore en phase d'audience publique et n'a pas été envoyé aux Cortes Generales, de sorte que le Sepblac et le FROB continuent, pour l'instant, à exercer leurs compétences actuelles dans un contexte de transition déjà annoncé par le Gouvernement.

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