L'Ibex 35 a commencé ce jeudi 23 juillet avec le frein tiré. Pendant la première heure de négociation, l'indice principal de la Bourse espagnole reculait de 0,42 %, atteignant 19 488,8 points, après avoir clôturé mercredi à 19 571,3 unités, avec une hausse proche de 1 %.
Ce mouvement représente une prise de bénéfices contenue après deux séances consécutives à la hausse. L'indice conserve une revalorisation supérieure à 13 % depuis janvier et reste relativement proche de son maximum des 52 dernières semaines, situé à 19 879,1 points.
Le pétrole redicté l'agenda
La principale préoccupation du marché ne provient pas cette fois des résultats d'entreprise, mais du Moyen-Orient. Le pétrole Brent, référence en Europe, avance de plus de 4 % et frôle les 98 dollars le baril, des sommets de six semaines.
Les attaques contre des pétroliers en mer Rouge et l'escalade entre les États-Unis et l'Iran ont réactivé la peur que certaines des principales routes mondiales d'approvisionnement énergétique soient interrompues. La réaction immédiate est une hausse du brut ; la conséquence potentielle, une nouvelle augmentation des prix des combustibles, du transport et de la production industrielle.
Pour les ménages espagnols, le risque est double. Un pétrole plus cher peut se répercuter sur les stations-service et compliquer la modération de l'inflation. En même temps, cette pression sur les prix réduit la marge de la Banque centrale européenne pour alléger le coût des hypothèques et du financement.
La BCE, de nouveau attentive à l'énergie
Le Conseil des gouverneurs de la BCE tient ce jeudi sa réunion de politique monétaire. La décision sera connue à 14h15 et Christine Lagarde se présentera une demi-heure plus tard.
Le consensus du marché s'attend à ce que l'institution maintienne le taux de la facilité de dépôt à 2,25 %, après l'avoir relevé de 25 points de base en juin en réponse aux pressions inflationnistes provoquées par le conflit au Moyen-Orient. La clé sera donc moins dans la décision immédiate que dans les signaux concernant une éventuelle nouvelle hausse en septembre.
La hausse du brut ramène la BCE à une position inconfortable : combattre l'inflation avec des taux élevés, même au risque de refroidir l'économie, ou attendre de voir si la hausse des coûts énergétiques est temporaire. Ce dilemme conditionnera au cours des prochaines semaines l'euribor, le crédit aux entreprises et les actions européennes.
Repsol transforme la crise énergétique en gains boursiers
La principale exception au ton négatif est Repsol. La pétrolière augmentait de 3,84 %, atteignant 26,46 euros par action, et devenait l'un des grands soutiens de l'Ibex.
La société a obtenu un bénéfice net de 2.201 millions d'euros au cours du premier semestre, contre 603 millions pour la même période de l'année précédente. Une partie significative de l'amélioration provient de la revalorisation de ses stocks de pétrole, qui a apporté un effet positif de 823 millions. Son résultat net ajusté, qui reflète de manière plus directe l'évolution des affaires, a atteint 2.711 millions.
Pour ses nombreux petits actionnaires, la lecture est favorable à court terme : plus le pétrole et les marges énergétiques augmentent, meilleures sont les attentes de revenus de la société. Mais cette même hausse qui bénéficie à Repsol agit comme un impôt indirect pour les familles et les entreprises consommatrices d'énergie.
Indra accélère au rythme des dépenses publiques en défense
Indra menait les avancées avec une hausse légèrement supérieure à 4 %. La technologique a présenté un bénéfice net de 219 millions d'euros au premier semestre, soit 2,1 % de plus, tandis que ses revenus ont augmenté de près de 30 %, atteignant 3.179 millions.
Le chiffre le plus significatif est son carnet de commandes, qui a doublé pour atteindre 20.533 millions d'euros. Une bonne partie de ce bond est liée aux Programmes Spéciaux de Modernisation impulsés par le gouvernement espagnol et à l'augmentation généralisée des dépenses européennes en défense.
Le comportement d'Indra montre comment les décisions budgétaires et géopolitiques se traduisent directement sur le marché boursier. L'augmentation de l'investissement public en défense stimule les attentes commerciales de la société, bien qu'elle ouvre également le débat sur les priorités de dépenses de l'État et sur la capacité industrielle espagnole à exécuter ces contrats.
Santander et Iberdrola pèsent parmi les valeurs les plus populaires
Parmi les sociétés ayant une plus grande base d'actionnaires minoritaires, l'ouverture laisse un comportement inégal.
Banco Santander reculait de 1,20 %, BBVA cédait de 0,47 % et Iberdrola perdait 1,22 %. Bankinter se négociait pratiquement à plat malgré l'annonce d'une augmentation du bénéfice de 12 %, atteignant 605 millions d'euros, tandis que CaixaBank progressait légèrement de 0,07 %.
Telefónica, en revanche, augmentait de 0,66 %, et Inditex restait pratiquement inchangé.
La baisse conjointe de Santander et Iberdrola est particulièrement pertinente en raison de son poids élevé dans l'indice. Ses pertes compensent une bonne partie de l'élan de Repsol et Indra et expliquent que l'Ibex reste en négatif malgré la présence de deux valeurs qui avancent de plus de 4%.
Le tourisme et la consommation souffrent de la hausse du pétrole
Les plus grandes pertes correspondaient à Puig, avec une chute de 2,44%; IAG, qui cédait 1,74%; et Grifols, avec une baisse de 1,70%.
La punition de IAG a une explication directe : une hausse prolongée du pétrole augmente le coût du carburant des compagnies aériennes et peut réduire leurs marges. Cela peut également refroidir la consommation et augmenter le coût des déplacements, une menace pour l'un des principaux moteurs de l'économie espagnole pendant la saison touristique.
Puig et Grifols reflètent, pour leur part, une plus grande prudence des investisseurs face aux valeurs de consommation et de santé lors d'une journée où l'argent se déplace vers des entreprises énergétiques, de défense et d'autres secteurs considérés comme mieux protégés contre l'inflation.
Europe chute plus que Madrid
Le comportement de l'Ibex est négatif, mais plus résistant que celui d'une bonne partie de l'Europe. Le Dax allemand et le Cac français perdent environ 0,8%, le Mib italien chute de plus de 1% et le Ftse britannique recule de près de 0,3%.
La composition du marché espagnol agit à nouveau comme un amortisseur. Le poids élevé de l'énergie et le bon comportement de Repsol permettent à l'Ibex de limiter les pertes, bien que la faiblesse du secteur bancaire et d'Iberdrola empêche l'indice de revenir en territoire positif.
La séance dépendra maintenant de deux variables. D'abord, de l'évolution du pétrole et des nouvelles en provenance du Moyen-Orient. Ensuite, du message de la BCE sur les taux d'intérêt. La décision de Francfort déterminera si la correction de l'ouverture est une simple pause après les dernières hausses ou le début d'une journée plus compliquée pour les Bourses européennes.