L'inflation espagnole offre en août deux photographies très différentes. L'indicateur avancé de l'IPC général atteint 4,3% en glissement annuel, contre 3,6% en juillet, tandis que l'inflation sous-jacente évolue dans le sens inverse et baisse d'un dixième, jusqu'à 2,9%.
La différence est pertinente pour déterminer ce qui se cache derrière le nouvel épisode inflationniste. Alors que l'indice général intègre tous les biens et services inclus dans le panier, le taux sous-jacent élimine les aliments non transformés et les produits énergétiques, deux composants caractérisés par une plus grande volatilité.
L'évolution d'août montre ainsi que la hausse qui propulse l'IPC ne se transfère pas, pour l'instant, avec la même force au reste des prix. Les carburants apparaissent précisément parmi les principaux responsables de l'accélération de l'indicateur général.
Qu'est-ce que l'inflation sous-jacente et pourquoi est-ce important
L'inflation sous-jacente cherche à offrir une image plus stable de l'évolution des prix en excluant les composants capables d'expérimenter des oscillations brusques sur des périodes relativement courtes.
Cela permet de distinguer entre un épisode provoqué fondamentalement par des facteurs comme l'énergie et un autre où les hausses commencent à s'étendre de manière plus généralisée à des biens et services moins volatils.
Ce n'est pas que les produits exclus manquent d'importance pour les ménages. L'essence, le diesel ou les aliments frais ont un impact direct sur le budget familial, mais les retirer de l'indicateur facilite l'analyse de si la pression inflationniste pénètre dans d'autres parties de l'économie.
L'écart entre l'IPC général et le sous-jacent s'élargit jusqu'à 1,4 points
En juillet, l'IPC se trouvait à 3,6% et l'inflation sous-jacente à 3,0%, une distance de six dixièmes.
En août, cette séparation augmente jusqu'à 1,4 points de pourcentage. Le taux général progresse de sept dixièmes tandis que le sous-jacent diminue d'un, produisant des mouvements clairement opposés entre les deux indicateurs.
La divergence aide à interpréter le saut de l'IPC : si la pression s'étendait de manière uniforme dans le panier, on pourrait également s'attendre à une accélération significative du sous-jacent. L'avancée publiée ce vendredi ne montre pas ce comportement.
Les carburants expliquent une bonne partie de la différence
L'INE identifie les carburants et lubrifiants pour véhicules personnels parmi les éléments qui influencent le plus l'accélération du taux annuel. Leurs prix augmentent ce mois d'août, tandis que durant le même mois de 2025, ils avaient diminué.
Précisément, les produits énergétiques sont exclus du calcul de l'inflation sous-jacente. Leur comportement peut rapidement faire monter l'IPC général sans produire initialement un mouvement équivalent dans l'indicateur qui mesure les pressions les moins volatiles.
Les aliments et boissons non alcoolisées contribuent également à l'augmentation interannuelle, bien que dans une moindre mesure. L'INE explique que leurs prix diminuent moins qu'en août de l'année précédente.
La sous-jacente reste autour de 3%
L'évolution des derniers mois montre une inflation sous-jacente relativement stable. En mars, elle était de 2,9%, elle est tombée à 2,8% en avril, montée à 3,0% en mai, redescendue à 2,9% en juin et revenue à 3,0% en juillet.
L'avancée d'août la ramène à 2,9%, la maintenant dans une fourchette étroite malgré le fort mouvement subi par l'IPC général.
Cette stabilité ne signifie pas que les pressions inflationnistes aient disparu. Un taux proche de 3% implique toujours des augmentations de prix significatives, mais ne montre actuellement pas une accélération comparable à celle de l'indice général.
Est-ce que cela signifie que l'inflation ne s'enkyste pas ?
La donnée d'un seul mois ne permet pas de conclure définitivement comment les prix évolueront au cours des prochains trimestres. Cependant, la combinaison observée en août ne montre pas une accélération simultanée de l'inflation générale et de la sous-jacente.
Cette nuance est particulièrement importante face à un choc énergétique. Le risque apparaît si l'augmentation initiale des carburants et de l'énergie finit par se répercuter sur les coûts de transport, de production et de services et, par la suite, sur un éventail plus large de prix.
C'est pourquoi, les prochaines données seront particulièrement pertinentes. Si l'inflation sous-jacente commence à remonter de manière persistante, cela augmenterait la preuve d'une transmission des pressions énergétiques au reste de l'économie ; si elle reste stable ou continue à se modérer, cela renforcerait l'interprétation d'un épisode plus concentré.
La comparaison avec 2025 montre une avancée beaucoup plus grande de l'IPC général
En août 2025, l'inflation sous-jacente était de 2,4%. Douze mois plus tard, elle atteint 2,9%, une augmentation de cinq dixièmes.
L'IPC général a parcouru une distance considérablement plus grande : il est passé de 2,7 % d'août 2025 à 4,3 % actuel, une différence de 1,6 points de pourcentage.
La comparaison renforce la divergence actuelle. Le niveau général des prix accélère avec beaucoup plus d'intensité que le composant conçu pour isoler les éléments les plus volatils.
Pourquoi cette donnée est importante pour les taux d'intérêt
L'inflation sous-jacente est une référence utile pour évaluer la persistance des pressions sur les prix, bien que les banques centrales analysent un ensemble beaucoup plus large d'indicateurs avant de prendre des décisions.
La situation actuelle présente deux signaux différents : un IPC général au-dessus de 4 % reflète une pression importante sur le coût de la vie, tandis que la modération de la sous-jacente indique que ce mouvement ne se reproduit pas avec la même intensité dans les composants les moins volatils.
L'évolution future dépendra, entre autres facteurs, de combien de temps dure la pression énergétique et de si elle finit par s'étendre à d'autres prix. Cette possible transmission sera l'une des clés pour déterminer si la hausse de l'inflation de l'été est transitoire ou acquiert un caractère plus persistant.
Les mois à venir seront le véritable test
Les chiffres connus ce vendredi correspondent encore à l'indicateur avancé d'août. La donnée définitive permettra de vérifier si ces taux se confirment et offrira une répartition plus détaillée de l'évolution des différents groupes de consommation.
Plus important encore sera d'observer ce qui se passe en septembre et pendant l'automne. Si la distance entre l'IPC général et le sous-jacent commence à se réduire parce que ce dernier accélère, cela augmenterait l'inquiétude concernant une inflation plus étendue.
Pour l'instant, l'avancée laisse une conclusion prudente : l'inflation générale s'envole à 4,3 %, mais la sous-jacente ne suit pas ce mouvement et baisse à 2,9 %. La hausse est intense pour le portefeuille des ménages, mais les données ne montrent pas encore une accélération équivalente dans le noyau le plus stable des prix.