La Cour des comptes européenne dénonce des faiblesses dans la surveillance du prochain budget de l’UE

La Cour des comptes européenne détecte de graves lacunes en matière de contrôle, de traçabilité et de sanctions dans la proposition de budget de l’UE pour 2028-2034.

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La Cour des comptes européenne a prévenu ce mercredi que la proposition de la Commission européenne pour le cadre budgétaire de l’UE de 2028 à 2034 présente des défaillances significatives en matière de contrôle des fonds communautaires. Selon les auditeurs, l’approche actuelle ne garantit pas qu’il soit possible de retracer l’argent jusqu’à ses bénéficiaires finaux et ne définit pas avec précision les conséquences pour les États membres qui ne respectent pas les règles.

Dans sa nouvelle analyse sur l’avenir du cadre financier pluriannuel, l’organe de contrôle conclut que Bruxelles n’a appliqué de manière complète qu’une seule des 28 recommandations formulées précédemment pour renforcer la gestion et la transparence du budget. Dix-neuf autres améliorations n’ont été intégrées que partiellement et huit restent en suspens.

Les critiques portent sur le nouveau modèle de financement, qui prévoit d’accorder des aides en fonction de la réalisation de certains jalons et objectifs, sans que les paiements soient nécessairement liés aux dépenses effectivement réalisées.

Cette approche, inspirée du schéma utilisé pour les fonds de relance après la pandémie, s’étendrait à une partie substantielle des programmes européens des sept prochaines années. Toutefois, la Cour reproche que les propositions continuent de donner la priorité à la vérification d’étapes formelles plutôt qu’à la mesure des résultats concrets obtenus grâce aux investissements.

En particulier, les auditeurs mettent en garde contre le fait que les décaissements pourraient être approuvés à partir des déclarations des propres États membres, sans vérification préalable obligatoire, tandis que les critères d’évaluation et les responsabilités de supervision demeurent insuffisamment définis.

Le document remet également en question le fait que les corrections financières définitives pour des irrégularités puissent être reportées jusqu’en février 2036, ce qui, selon la Cour, affaiblirait l’« effet dissuasif » des sanctions et compliquerait le respect des règles européennes et nationales.

S’y ajoute le fait que la proposition ne garantit pas la « pleine traçabilité » des fonds européens jusqu’aux exécutants finaux des projets. Pour cette raison, les auditeurs demandent de renforcer les systèmes de contrôle et de clarifier dans quelles situations les montants utilisés indûment doivent être récupérés.

Risques pour les régions et doutes sur la réorganisation des fonds

Une autre alerte pertinente concerne la reconfiguration des fonds agricoles et de cohésion, que la Commission propose de fusionner en un seul fonds européen doté de 865.000 millions d’euros, géré au moyen de plans nationaux et régionaux conçus par chaque pays.

La Cour craint que la concentration de la planification de ces aides dans un seul document par État puisse amoindrir la capacité de décision des autorités régionales concernant la répartition des ressources. En outre, elle souligne que la manière dont les réformes seront évaluées et quels critères seront appliqués pour attribuer le financement n’a pas encore été définie avec clarté.

Les auditeurs reconnaissent toutefois certains progrès dans la simplification de l’architecture budgétaire, qui passerait de sept grandes rubriques à quatre et réduirait le nombre de programmes de 52 à 16. Toutefois, ils insistent sur le fait que cette réorganisation n’implique pas automatiquement moins de charge bureaucratique pour les bénéficiaires des aides.

Ils critiquent également le fait que Bruxelles n’ait pas établi dans la législation une définition précise du concept de « valeur ajoutée européenne », ce qui, selon le rapport, pourrait ouvrir la voie à des interprétations divergentes sur les bénéfices des investissements de l’UE et rendre la comparaison des résultats plus difficile.

Alertes sur le financement et la protection de l’État de droit

Au chapitre des recettes, la Cour avertit que l’intégration de cinq nouvelles sources de financement, pour atteindre un total de neuf, augmentera la complexité du système et peut faire croître les coûts administratifs à la fois pour les gouvernements nationaux et pour la Commission elle-même.

Face à cette approche, les auditeurs soutiennent que renforcer la collecte des sources déjà existantes, en particulier en réduisant les pertes fiscales liées à la TVA et aux droits de douane, permettrait de limiter la nécessité d’introduire de nouvelles contributions.

Le rapport constate également que la proposition inclut des mécanismes plus stricts pour sauvegarder l’État de droit et les droits fondamentaux, même s’il avertit que certaines dispositions pourraient diminuer la force des sanctions prévues en cas de violations.

Dans l’ensemble, la Cour conclut que les avancées les plus significatives se constatent dans les règles qui facilitent l’adaptation du budget à de nouvelles priorités, tandis que les principales faiblesses persistent dans les instruments destinés à vérifier les résultats des dépenses et à assurer un contrôle effectif des fonds.

« Nous avons besoin d’un budget qui montre clairement ce que l’UE peut apporter, qui garantisse une gestion appropriée des fonds, et qui renforce la reddition des comptes et la transparence », a indiqué le membre de la Cour responsable de l’analyse, Jan Gregor, qui a défendu que ses conclusions peuvent contribuer à améliorer les règles avant la fin des négociations sur le prochain budget européen.