L'Association des Ingénieurs des Routes, Canaux et Ports de l'État (Aicape) a demandé que l'accident ferroviaire survenu ce mercredi à Urda (Toledo) fasse l'objet d'une enquête technique "rigoureuse, objective et indépendante".
Les membres du Corps des Ingénieurs des Routes, Canaux et Ports de l'État ont exprimé leur profonde tristesse face à ce qui s'est passé, transmettant leurs condoléances aux proches et aux familles des victimes, ainsi que leur soutien à toutes les personnes touchées : "La gravité de ce qui s'est produit exige une réponse à la hauteur de ses conséquences".
L'association estime "indispensable d'éclaircir les circonstances de l'accident, d'identifier les facteurs qui ont pu y contribuer et d'adopter les mesures nécessaires pour éviter qu'une tragédie de cette nature ne se reproduise".
Dans cette ligne, elle rappelle que "l'indépendance de l'enquête est une condition indispensable" et demande que ses collègues de l'autorité d'enquête (AITAT) —conseillers et enquêteurs— "disposent d'une pleine autonomie, de moyens suffisants et de la liberté d'analyser toutes les circonstances concomitantes, de formuler leurs conclusions et d'émettre les recommandations qu'ils jugent opportunes".
Aicape souligne que cette indépendance "doit être garantie tant à l'égard des organisations et entités potentiellement impliquées qu'à l'égard de toute pression politique ou administrative". À son avis, "la confiance de la société dans les conclusions dépendra du fait que le processus d'enquête soit exclusivement guidé par des critères techniques et se déroule dans une transparence totale".
Les ingénieurs insistent sur le fait que "la sécurité ferroviaire est une responsabilité du système et ne peut dépendre de décisions individuelles" et rappellent que "la sécurité d'un système ferroviaire moderne repose sur l'identification, l'évaluation et le contrôle des risques".
En ce sens, ils soulignent que "le facteur humain est expressément prévu dans ces systèmes comme une source potentielle de risque et, précisément pour cette raison, les procédures opérationnelles, les systèmes de signalisation et de protection ainsi que les mécanismes de surveillance doivent intégrer des barrières suffisantes pour éviter qu'une erreur humaine puisse compromettre la sécurité du système ou conduire à un accident".
Ainsi, ils soulignent qu’un système de sécurité solide "ne peut pas dépendre du fait que les personnes agissent toujours de manière parfaite, mais qu’il doit être capable de détecter des situations anormales, d’empêcher qu’elles ne se transforment en situations de danger et de garantir des conditions de circulation sûres même en cas de pannes techniques ou d’erreurs opérationnelles".
Dans un accident par rattrapage entre deux trains, les spécialistes soutiennent que "l’analyse doit nécessairement couvrir l’ensemble du système : l’infrastructure, la signalisation, les systèmes de protection, les procédures de circulation en conditions dégradées, les communications, l’organisation du contrôle du trafic".
De même, ils soulignent que l’enquête "doit étudier à la fois les facteurs humains et organisationnels ; elle doit déterminer quelles barrières de sécurité existaient, lesquelles auraient dû agir et pourquoi, le cas échéant, elles n’ont pas suffi".
De l’avis de l’association, centrer l’explication uniquement sur une éventuelle défaillance individuelle "reviendrait à renoncer à comprendre les possibles déficiences systémiques et organisationnelles qui doivent faire l’objet d’une analyse".
Aicape met également l’accent sur l’importance de "récupérer l’autorité technique et professionnaliser la direction du secteur ferroviaire".
Dans cette ligne, elle souligne que "l’accident de Urda, ainsi que le regrettable accident de Adamuz, doivent susciter immédiatement une réflexion sur le modèle d’organisation et de direction du secteur ferroviaire espagnol".
L’association observe avec inquiétude "la pénétration croissante de critères politiques dans des domaines de décision qui requièrent une direction essentiellement technique et professionnelle".
Elle rappelle que "la planification, la construction, l’entretien, l’exploitation et la sécurité des infrastructures ferroviaires sont des activités d’une extraordinaire complexité qui requièrent des connaissances spécialisées, de l’expérience et de la continuité".
Pour cette raison, elle avertit qu’il lui semble préoccupant que des postes de direction à forte composante technique "soient occupés par des profils de nature politique, alors qu’ils devraient être réservés à des professionnels disposant d’une formation et d’une connaissance accréditées du système ferroviaire".
Dans le même esprit, elle souligne que "la direction politique légitime des administrations publiques ne doit pas être confondue avec la direction des décisions techniques. Ces dernières doivent revenir à des professionnels qualifiés, avec indépendance de jugement, capacité effective de décision et responsabilité sur leurs actes".
Depuis Aicape, ils revendiquent "une Administration ferroviaire forte, indépendante, professionnalisée et dotée d'autorité technique ; une culture de sécurité qui ne cherche pas de coupables individuels comme substitut de l'analyse systémique ; et des institutions d'investigation véritablement indépendantes".
L'association conclut que "la sécurité des citoyens exige rigueur technique, indépendance et responsabilité. Il ne peut en être autrement", réaffirmant ainsi sa demande d'une enquête exemplaire sur ce qui s'est passé à Urda.