Le ministre des Transports, Óscar Puente, a remis en question la "partialité" de la juge de l'Audience nationale (AN) María Tardón et a qualifié de "plutôt étrange" qu'elle ait demandé à l'équipe d'enquête de la Police nationale de ne pas transmettre aux responsables policiers les conclusions du rapport sur l'entrée massive d'immigrants à Ceuta, étant donné qu'il s'agit de "questions relatives à la sécurité nationale".
"D'emblée, cela dénote un certain principe de méfiance qui, d'une certaine manière, parlerait très mal de l'impartialité du juge, car je ne comprends pas très bien pourquoi la juge doit se méfier", a affirmé Puente dans une interview dans 'Hora 25' de Cadena Ser, recueillie par Europa Press.
Le titulaire des Transports, qui a souligné que "le souhait du Gouvernement" est "de protéger le territoire espagnol", a également critiqué le fait que le contenu du rapport policier ait été diffusé publiquement "à travers un média très connu pour son biais de droite".
"Que finalement l'opinion publique accède à ce rapport par cette voie, alors que l'Exécutif n'en avait eu aucune connaissance, cela semble vraiment étrange", a poursuivi Puente, qui a comparé ce qui s'est passé au cas d'Álvaro García Ortiz, inhabilité et condamné "pour la fuite d'un courriel qui ne révélait aucune information fondamentale, ni pour le pays ni pour aucun bien digne d'une protection spéciale". "Ça sent un peu le roussi", a-t-il tranché.
Dans cette lignée, il a rappelé que Tardón est une magistrate "qui vient du monde politique", en faisant allusion à son passage en tant qu'élue au Conseil municipal de Madrid avec le PP. "Elle a montré qu'on pouvait douter de son impartialité", a-t-il insisté.
Soupçons sur les preuves et le rôle du Maroc
D'autre part, il a indiqué qu'il ne connaît pas les éléments de preuve dont dispose la magistrate de l'AN. "Si tout ce dont dispose la juge est le fameux rapport policier, dans lequel sont même intégrées certaines photos qui n'ont rien à voir avec Ceuta ni avec ses environs, je ne sais pas si c'est une décision très judicieuse, mais en tout cas la juge saura avec quelles preuves elle dispose", a-t-il ajouté.
Puente a indiqué que sur les réseaux sociaux circulent des vidéos où l'on constate "une certaine laxité, par exemple, de la police marocaine", mais aussi d'autres "bien caractérisées et avec une date fixée" où l'on observe "le contraire".
"Nous jusqu'à présent n'avons pas d'évidences qui nous mènent à la conclusion que c'est une opération organisée par le gouvernement marocain, ni beaucoup moins, et donc nous ne pouvons pas agir comme si c'était l'hypothèse accréditée", a conclu.
Enfin, il a exprimé sa confiance que la Police développe ses recherches de manière autonome par rapport à l'AN et que "ils feront des rapports et auront des résultats de cette enquête à disposition de leurs supérieurs et du Ministère de l'Intérieur".
La Audiencia Nacional apprécie une attitude favorable depuis le Maroc
Les paroles de Puente se produisent après que María Tardón a décidé de prendre en charge l'enquête sur l'entrée massive d'immigrants à Ceuta à la fin de juillet, en appréciant "permissivité" et "gestion favorable" depuis le territoire marocain.
Dans un ordre recueilli par Europa Press, la juge soutient qu'il s'agit de "un comportement délictueux présumément commis à l'étranger qui a gravement attaqué l' 'intégrité territoriale de l'Espagne', qui est garantie par l'article 2 de la Constitution, utilisant pour cela l'entrée massive dans notre pays, à laquelle se sont joints des flux migratoires irréguliers qui ont gravement affecté la vie et les droits des citoyens de Ceuta".
En même temps, elle pointe vers "une gestion claire et indubitable favorable du processus depuis le territoire du Royaume du Maroc" qui "se manifeste à travers le comportement constaté et graphiquement vérifié des Forces de Sécurité du Maroc".