La crise migratoire de Ceuta fait un nouveau saut sur la scène européenne. Iustitia Europa a présenté ce mardi une plainte formelle auprès de la Commission européenne, du Parlement européen, du Conseil européen et du Conseil de l'Union européenne pour réclamer une enquête sur l'entrée massive d'immigrants en provenance du Maroc et sur la réponse que, à son avis, ont offerte les institutions communautaires et plusieurs États membres après les événements.
L'initiative arrive à un moment de tension politique et diplomatique maximale, après que l'Italie a décidé de renforcer les contrôles sur les voyageurs en provenance d'Espagne et que plusieurs gouvernements européens ont demandé des explications au gouvernement de Pedro Sánchez sur la gestion de la crise. Dans ce contexte, Iustitia Europa considère que l'Union européenne transfère les conséquences au pays qui, selon elle, a subi l'agression, au lieu de concentrer l'attention sur le Maroc.
Dans le document envoyé aux institutions communautaires, la formation soutient que l'entrée de près de 70 000 personnes en provenance du territoire marocain ne peut pas être interprétée comme un phénomène migratoire spontané, mais comme une action d'une gravité extraordinaire qui a affecté la souveraineté nationale, la sécurité de l'État et l'une des frontières extérieures de l'Union européenne.
Contre la position de l'Italie
La plainte rappelle en outre que l'Audience nationale a déjà ouvert des diligences préliminaires après la plainte déposée par le président de Iustitia Europa, Luis María Pardo, pour enquêter si les faits pouvaient répondre à une action organisée ou dirigée par une organisation criminelle. Selon le parti, l'existence de cette enquête judiciaire renforce la nécessité pour les institutions européennes d'analyser également ce qui s'est passé.
Un des principaux reproches de la formation s'adresse à la réaction de certains partenaires communautaires. Iustitia Europa considère "incompréhensible" que, tandis que la justice espagnole enquête sur des faits qu'elle considère d'une gravité particulière, certains États membres aient choisi d'imposer des restrictions ou de renforcer les contrôles sur l'Espagne, au lieu d'exiger des responsabilités du Royaume du Maroc.
Dans ce sens, l'organisation soutient que cette réponse est incompatible avec les principes de solidarité, de coopération loyale et de défense des frontières extérieures qui inspirent le projet communautaire. À son avis, si la frontière concernée est une frontière de l'Union européenne, la réponse devrait également être commune et viser à éclaircir l'origine des faits.
Que se passe-t-il avec l'État agressé ?
Le président de Iustitia Europa, Luis María Pardo, affirme que "nous n'acceptons pas que l'Union européenne garde le silence face à l'agresseur tout en désignant l'État agressé". À son avis, si l'Audience nationale considère qu'il existe des éléments suffisants pour enquêter sur ce qui s'est passé, "les institutions européennes ont l'obligation politique et morale d'enquêter également sur ce qui s'est passé, qui l'a permis et pourquoi certains gouvernements ont décidé de punir l'Espagne au lieu d'exiger des responsabilités du Maroc".
Pardo défend en outre que la protection de la souveraineté nationale doit être placée au-dessus des différences idéologiques et partisanes. "Nous défendons un patriotisme au-dessus des idéologies et des partis, transversal, qui place la défense de l'Espagne au-dessus de tout intérêt partisan ou supranational. Aucune institution n'a de sens si elle ne protège pas d'abord les nations et les citoyens qui la soutiennent", souligne-t-il.
Enquêter sur le Maroc
Dans sa dénonciation, Iustitia Europa soutient que l'Espagne ne peut pas devenir le seul État à supporter les conséquences d'une action exécutée depuis un territoire étranger tandis que, selon elle, on évite d'analyser l'origine des faits. Pour cela, elle demande formellement aux institutions européennes l'ouverture d'une enquête qui englobe à la fois l'action du Maroc et la réponse fournie par les États membres et par les propres organes de l'Union européenne.
La formation conclut que la crise de Ceuta a cessé d'être une affaire exclusivement espagnole pour devenir un défi qui affecte directement la sécurité des frontières extérieures de l'Union. En conséquence, elle réclame que Bruxelles éclaire ce qui s'est passé, établisse les responsabilités qui pourraient découler de l'enquête et prenne les mesures nécessaires pour empêcher qu'une situation similaire ne se reproduise sur le territoire européen.