Une des priorités de l'Union européenne pour les prochaines années est de redoubler ses efforts pour développer des capacités propres en Intelligence Artificielle (IA). Dans ce but, la responsable numérique de l'Exécutif communautaire, Henna Virkkunen, a présenté un paquet législatif qui inclut la Loi sur le Développement du Cloud et de l'IA (CADA, pour son acronyme en anglais). L'objectif est de tripler la capacité des centres de données européens au cours des cinq prochaines années pour répondre à la croissance de cette technologie.
Un des principaux éléments de la future législation est l'établissement d'un cadre de quatre niveaux. La proposition introduit ainsi un système européen unique pour mesurer la "souveraineté" des services de cloud et d'IA, notamment dans le secteur public. Pour cela, différents degrés de souveraineté sont définis en fonction de critères tels que l'emplacement des infrastructures, le contrôle de la chaîne d'approvisionnement de logiciels, la cybersécurité et l'exposition à des législations de pays tiers.
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L'industrie espagnole défend une souveraineté technologique ouverte
Dans son traitement institutionnel, l'industrie espagnole a trouvé un allié au Parlement européen. Le député européen Diego Solier, chargé de la présentation, se trouve actuellement dans les phases initiales de la négociation, un moment où les différentes parties prenantes transmettent leurs propositions pour influencer la configuration du futur cadre réglementaire.
Dans ce contexte, l'association représentant l'industrie numérique espagnole, AMETIC, propose un modèle qu'elle a défini comme de "souveraineté technologique ouverte". En pratique, cela signifie que la souveraineté ne doit pas être mesurée par l'origine géographique ou la nationalité corporative du fournisseur, mais par la capacité effective et vérifiable de contrôle, de résilience et de gouvernance des données et des infrastructures.

Plus concrètement, l'association demande à la Commission européenne que la dépendance technologique ne soit pas présumée exclusivement par l'origine géographique du fournisseur, mais qu'elle soit évaluée en fonction de la capacité du client à contrôler ses données, migrer des charges de travail et recourir à des solutions alternatives. Selon les données que gère l'organisation, restreindre indirectement l'accès à des technologies avancées pourrait réduire l'opportunité de croissance de l'IA en Europe de pratiquement 1,2 billion d'euros à 400 milliards.
De plus, dans son document d'allégations, AMETIC soulève la nécessité de réaliser une évaluation quantifiée préalable qui prenne en compte le coût financier pour les budgets publics, l'impact sur l'innovation des PME, les engagements commerciaux internationaux et la compatibilité des nouvelles exigences avec l'objectif communautaire d'attirer 200 milliards d'euros d'investissement privé.
Accélérer les permis et élargir les infrastructures bénéficiaires
Bien que l'industrie apprécie positivement que Bruxelles envisage une accélération des licences et des permis, elle considère nécessaire d'établir "des délais d'autorisation clairs", accompagnés de guichets uniques qui permettent d'éviter des retards bureaucratiques dans l'exécution des projets.
Cette revendication est accompagnée d'une autre demande : que les mesures de soutien prévues dans la future législation ne se limitent pas exclusivement aux Zones d'Accélération. L'association réclame que d'autres modalités d'infrastructure soient également reconnues, comme le edge computing, les microcentres de données et les installations on-premise dédiées à un unique client. L'objectif est d'éviter que la conception des incitations ne finisse par concentrer les bénéfices réglementaires dans un unique modèle de déploiement, laissant de côté d'autres solutions qui contribuent également au développement de la capacité de calcul européenne.
Une des principales lignes rouges d'AMETIC est l'élimination du pouvoir de la Commission européenne d'étendre les obligations de souveraineté à des industries privées régulées par des actes délégués. Comme alternative, elle propose que toute extension de ce type soit soumise strictement au procédure législative ordinaire, avec consultation publique préalable. De même, l'organisation propose que la sélection prescriptive d'un fournisseur appartenant à un certain niveau de garantie de souveraineté (UAL) soit considérée uniquement comme dernier recours.
Cela permettrait aux clients publics de recourir à des mesures d'atténuation alternatives ou complémentaires, telles que des stratégies multicloud, des systèmes de chiffrement avec des clés contrôlées par le client lui-même ou des garanties supplémentaires de sécurité et de gouvernance. Au fond, ce que propose l'industrie espagnole, c'est d'éviter que le futur règlement ne transforme les exigences de souveraineté en une restriction automatique d'accès au marché pour certains opérateurs technologiques.
Dans cette ligne, AMETIC propose d'inclure par défaut des partenaires commerciaux stratégiques, comme les États-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni, au niveau UAL-3, sous l'égide des accords internationaux de passation de marchés publics et de libre-échange correspondants (GPA/FTA). La proposition s'articule par un modèle d'exclusion optionnelle (opt-out), avec lequel on vise à éviter l'apparition de barrières commerciales réciproques.
Une classification proportionnelle à la sensibilité des données
Le modèle présenté par l'association développe également une série de critères spécifiques pour moduler les exigences réglementaires.
Concrètement, il distingue trois échelons initiaux :
-
Niveau zéro : libre de restrictions pour les données publiques ou non sensibles.
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Premier niveau : la résidence des données pourrait être respectée en garantissant une copie pleinement disponible sur le territoire de l'Union européenne, permettant le traitement transitoire pour éviter de bloquer les migrations.
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Deuxième niveau : il serait exigé une égalité de conditions pour les fournisseurs européens et non européens en ce qui concerne l'atténuation des risques découlant de juridictions étrangères.
AMETIC avertit que restreindre l'accès aux niveaux les plus élevés en fonction de la nationalité corporative du fournisseur pourrait priver le secteur public européen de certains des outils les plus avancés en IA de pointe et en cybersécurité. C'est pourquoi, elle propose d'élaborer des guides explicites pour éviter le soi-disant effet de "marque maximale", de manière à ce qu'un système ne soit pas entièrement classé dans les niveaux UAL-3 ou UAL-4 simplement parce qu'il contient une fraction de données sensibles.
L'association défend, en conséquence, une application proportionnelle des exigences de souveraineté, ajustée à la nature des données et aux risques effectifs de chaque service, plutôt que d'imposer des obligations homogènes sur l'ensemble d'une infrastructure.
La dépendance au code ouvert et les goulets d'étranglement de l'informatique
Un autre des aspects sur lesquels insistent les sources consultées est la difficulté d'exiger une chaîne d'approvisionnement de logiciels entièrement européenne. Selon elles, une chaîne de logiciels 100% européenne s'avère inviable dans le cloud moderne en raison de la dépendance mondiale au code source ouvert.
Cette réalité, argumentent-elles, doit être prise en compte lors de la conception des critères de souveraineté technologique, évitant d'introduire des exigences qui pourraient s'avérer incompatibles avec le fonctionnement actuel de l'écosystème numérique.
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Enfin, AMETIC alerte que atteindre l'objectif de tripler la capacité de calcul de l'Union Européenne exigera de résoudre les goulots d'étranglement actuels qui conditionnent le déploiement de nouvelles infrastructures. Parmi les mesures spécifiques transmises à Bruxelles figure l'introduction d'un critère de priorisation basé sur la maturité technique, administrative et d'exécution de chaque projet. L'objectif est d'accélérer l'accès aux procédures et ressources nécessaires pour les initiatives qui sont déjà prêtes à commencer leur construction.
De cette manière, l'industrie espagnole cherche à ce que la future Loi sur le Développement du Cloud et l'IA combine le renforcement de l'autonomie technologique européenne avec un cadre réglementaire ouvert, proportionnel et capable de mobiliser les investissements nécessaires pour élargir la capacité de calcul du bloc.