Le fait le plus frappant du sondage est la distance entre cette préférence majoritaire et le plan de répartition territoriale défendu par le Gouvernement. Seulement 8,9 % des personnes interrogées sont d'accord pour distribuer ces mineurs entre les communautés autonomes, tandis que 10,4 % pensent qu'ils devraient rester à Ceuta avec des ressources économiques extraordinaires pour la ville.
Le sondage arrive en pleine crise migratoire à Ceuta, où El Español chiffre à au moins 1.100 les mineurs non accompagnés qui restent dans la ville, bien que certaines associations portent le chiffre à près de 5.000. La ministre de la Jeunesse et de l'Enfance, Sira Rego, a visité Ceuta ce vendredi et a constaté un changement de profil par rapport aux crises précédentes : plus de mineurs de 13 ans et plus de filles parmi ceux arrivés dans cette vague.
80 % soutiennent le retour au Maroc
La principale conclusion politique du sondage est que le retour au Maroc apparaît comme l'option avec le plus grand soutien social.
SocioMétrica interroge sur la possibilité que les mineurs retournent au Maroc pour retrouver leurs familles, même s'il était nécessaire de promouvoir des changements normatifs pour le rendre possible. 80 % soutiennent cette sortie.
La formulation est importante car elle ne se limite pas à interroger sur la gestion immédiate à Ceuta. Elle propose une solution de fond : que l'Espagne et le Maroc articulent le retour des mineurs lorsque des garanties familiales, administratives et juridiques existent.
Le résultat traverse presque toute la carte électorale. Il ne se concentre pas uniquement sur les électeurs de droite. Il est également majoritaire parmi les électeurs socialistes et parmi les électeurs de partis nationalistes et indépendantistes.
Le chiffre du PSOE change la lecture politique
77,6 % des électeurs du PSOE soutiennent le retour des mineurs au Maroc, selon SocioMétrica.
Ce pourcentage transforme la question en quelque chose de plus large qu'une demande du PP ou de Vox. Le sondage indique qu'une partie très majoritaire de l'électorat socialiste partage l'idée que la sortie prioritaire devrait être le retour au Maroc, et non la répartition par communautés autonomes.
La gestion des mineurs migrants non accompagnés est souvent divisée en termes idéologiques, mais le sondage pointe vers un consensus beaucoup plus transversal lorsqu'on interroge sur le retour avec leurs familles.
Seulement 8,9 % soutiennent la répartition par communautés
Le plan de dériver des mineurs vers d'autres communautés autonomes est l'option avec le moins de soutien dans le sondage.
Seulement 8,9 % des personnes interrogées soutiennent de les répartir entre les territoires, comme le propose le gouvernement pour alléger la situation de Ceuta.
La mesure se heurte à la résistance de plusieurs communautés autonomes, qui allèguent une saturation de leurs systèmes d'accueil. La procureure générale de l'État, Teresa Peramato, a annoncé des instructions aux procureurs délégués pour agir contre les gouvernements autonomiques qui refusent d'accueillir des mineurs venant de Ceuta.
Le choc politique, donc, a deux plans. Un administratif, en raison de la capacité d'accueil. Et un autre social, car la solution de la répartition territoriale semble très loin d'être majoritaire parmi les personnes interrogées.
Sumar et Podemos préfèrent plus que d'autres qu'ils restent à Ceuta
L'option que les mineurs restent à Ceuta avec des ressources extraordinaires reçoit le soutien de 10,4 % de l'ensemble des personnes interrogées.
C'est une position minoritaire au niveau national, mais elle a plus de force parmi les électeurs de Sumar et Podemos. Dans cet espace, le soutien monte à 38,4 %, selon l'enquête de SocioMétrica.
Ce chiffre reflète une division pertinente au sein du bloc de gauche. Alors qu'une large majorité des électeurs du PSOE soutient le retour au Maroc, les électeurs de Sumar et Podemos montrent une plus grande inclination pour une solution d'accueil renforcée dans la ville autonome.
Le Maroc accepte de collaborer, mais demande à éliminer les obstacles
Le contexte diplomatique pèse également dans l'enquête.
Selon El Español, le Maroc s'est montré disposé à collaborer pour que les mineurs retournent dans leur pays, à condition que l'Espagne élimine les obstacles judiciaires et administratifs qui compliquent la procédure.
Ce point est clé car le retour des mineurs ne peut pas être traité comme une expulsion collective ni automatique. Il nécessite une procédure spécifique, des garanties juridiques et une vérification des conditions d'accueil ou de réunification.
C'est là qu'entre en jeu l'accord bilatéral signé par l'Espagne et le Maroc à Rabat le 6 mars 2007 et publié au BOE en 2013. Ce texte établit un cadre de coopération pour la prévention de l'émigration irrégulière de mineurs non accompagnés, leur protection et leur retour concerté.
L'accord de 2007 exige protection et retour concerté
L'accord Espagne-Maroc ne parle pas d'un retour automatique.
Le texte publié dans le BOE établit que la coopération entre les deux pays doit être basée sur le respect de la législation nationale, du droit international et de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il souligne également que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être la base de toute action.
L'accord prévoit le retour assisté au sein de la famille ou à une institution de tutelle du pays d'origine. De plus, il établit que l'Espagne et le Maroc doivent collaborer pour garantir, dans chaque cas, la réunification familiale effective ou la remise à une institution de tutelle.
C'est pourquoi l'enquête mesure une préférence sociale et politique, mais ne résout pas à elle seule la viabilité juridique de chaque retour. La procédure doit être analysée au cas par cas.
Le mot clé est "retour", pas expulsion collective
La distinction est pertinente pour une lecture rigoureuse.
Le retour des mineurs migrants non accompagnés peut être prévu dans des accords internationaux, mais toujours lié à des garanties de protection. La législation et les conventions internationales obligent à préserver l'intérêt supérieur de l'enfant.
Cela signifie que la solution ne peut pas être envisagée uniquement comme un problème de répartition territoriale ou de contrôle des frontières. Elle affecte également la tutelle, l'identification, la localisation familiale et la capacité réelle du Maroc à prendre en charge les mineurs retournés.
L'enquête montre que l'opinion publique penche de manière écrasante en faveur du retour au Maroc. Le cadre juridique, cependant, exige que ce retour soit ordonné, garantiste et concerté entre les deux États.
Une crise avec un impact territorial
La pression immédiate pèse sur Ceuta, mais le débat concerne tout l'État.
La ville autonome a temporairement habilité deux écoles publiques pour accueillir les mineurs les plus vulnérables. Le gouvernement veut activer des dérivations vers la Péninsule le plus tôt possible, comme l'a expliqué la ministre Sira Rego lors de sa visite.
Les communautés autonomes, pour leur part, soutiennent que leurs centres d'accueil sont déjà sous tension. Cet argument a transformé la crise de Ceuta en un conflit de compétences, de ressources et de responsabilité territoriale.