L'Espagne est plus proche de devenir l'un des pays européens avec la législation la plus restrictive contre le tabac. Le Ministère de la Santé finalise la réforme de la Loi Antitabac, qui arrive aujourd'hui au Conseil des Ministres, avec un objectif clair : interdire de fumer sur les terrasses des bars et restaurants, l'un des rares espaces où la consommation de cigarettes était encore autorisée après l'entrée en vigueur de la loi de 2011.
L'initiative fait partie du nouveau Plan Intégré de Prévention et de Contrôle du Tabagisme, avec lequel l'Exécutif vise à élargir les espaces sans fumée, réduire l'exposition involontaire au tabac et adapter la réglementation espagnole aux recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de la Commission Européenne.
Si elle est adoptée dans les termes proposés par le Ministère de la Santé, les clients ne pourront plus fumer en prenant un café, en mangeant ou en profitant d'une consommation sur les terrasses des établissements hôteliers, une image quotidienne qui fait partie du paysage urbain espagnol depuis des décennies.
Mais la réforme va au-delà des terrasses. Le Gouvernement prévoit également d'étendre l'interdiction à d'autres espaces extérieurs d'usage collectif, comme les abris de transport public, les accès aux établissements éducatifs, les installations sportives, les piscines publiques ou les véhicules à usage professionnel. De plus, la nouvelle législation alignera les restrictions applicables aux cigarettes électroniques et aux dispositifs de tabac chauffé avec celles du tabac conventionnel.
Une carte très inégale en Europe
Bien que le Gouvernement défende que la réforme suit la ligne tracée par les institutions communautaires, la réalité est que l'Europe continue d'offrir un panorama très hétérogène et, dans la plupart des pays, fumer sur les terrasses reste autorisé.
Il n'existe pas de réglementation européenne commune interdisant la consommation de tabac dans ces espaces. La Commission Européenne a recommandé aux États membres d'élargir les zones sans fumée et de protéger particulièrement les mineurs et les groupes vulnérables, mais il appartient à chaque pays de décider de l'étendue de ces restrictions.
Dans des pays comme l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Luxembourg, la Pologne, la Hongrie, la Croatie ou la République tchèque, la législation reste principalement centrée sur les espaces fermés, de sorte que fumer sur des terrasses ouvertes reste généralement légal.
D'autres États ont opté pour des solutions intermédiaires. En France, par exemple, le Gouvernement a progressivement durci les limitations dans certains espaces publics fréquentés par des mineurs, bien que les terrasses de bars et de restaurants restent autorisées sauf dans des cas spécifiques établis par la réglementation locale. En Italie, il n'existe pas non plus d'interdiction nationale pour les terrasses, bien que certaines villes aient approuvé des restrictions spécifiques. Une situation similaire se produit en Portugal, où la réglementation reste principalement axée sur les espaces intérieurs.
Seuls quelques pays du nord de l'Europe ont été plus loin. Suède, Finlande et Pays-Bas ont élargi les interdictions à certains espaces extérieurs tels que les gares, les aires de jeux, les installations sportives ou les accès aux bâtiments publics dans le cadre d'une stratégie visant à réduire progressivement la consommation de tabac.
Dans ce contexte, si la réforme espagnole est approuvée dans les termes annoncés, l'Espagne se situerait parmi les États européens avec une réglementation plus stricte sur la consommation de tabac dans les espaces de restauration en plein air.
La restauration rejette la mesure
L'annonce du Ministère de la Santé a trouvé une réponse immédiate de la part du secteur de la restauration, qui considère que l'interdiction aura un impact économique négatif et remet en question son efficacité pour réduire le tabagisme.
Depuis Hostelería de España, la principale organisation patronale du secteur, ils soutiennent que les terrasses sont des espaces ouverts où l'exposition à la fumée est bien inférieure à celle qui se produit dans des lieux fermés et considèrent que la mesure ne répond pas à une demande réelle ni des entrepreneurs ni des consommateurs.
Les représentants de la restauration avertissent que de nombreux clients fumeurs pourraient réduire leur temps de présence dans les bars et cafés ou se déplacer vers d'autres établissements, ce qui, à leur avis, aurait un impact direct sur le chiffre d'affaires de milliers d'entreprises, en particulier celles dont l'activité dépend en grande partie des terrasses.
De plus, ils rappellent que la Loi Antitabac de 2011 a obligé le secteur à réaliser d'importantes adaptations et que les terrasses sont devenues depuis lors le seul espace où les fumeurs pouvaient consommer du tabac sans enfreindre la réglementation.
Un autre des arguments avancés par les organisations patronales est le problème de l'application pratique de la norme. Ils considèrent que ce seront les hôteliers eux-mêmes qui devront faire face aux clients pour exiger le respect de l'interdiction, assumant en pratique des fonctions de surveillance qui, à leur avis, incombent aux administrations publiques.
Malgré leur opposition, les organisations patronales affirment partager l'objectif de réduire le tabagisme et de protéger la santé publique, bien qu'elles réclament que toute réforme soit basée sur des études scientifiques concernant son impact réel et soit approuvée après un processus de dialogue avec le secteur.
Le soutien des organisations sanitaires
Du côté opposé se trouvent les sociétés médicales, les associations scientifiques et les organisations dédiées à la prévention du tabagisme, qui soutiennent l'initiative du Ministère de la Santé.
Les spécialistes rappellent qu'il n'existe pas de niveau sûr d'exposition à la fumée ambiante de tabac et soutiennent que l'élargissement des espaces sans fumée contribue non seulement à protéger les travailleurs et les clients, mais aussi à éviter la normalisation de la consommation parmi les enfants et les adolescents.
Les experts estiment que limiter la consommation dans des espaces d'usage collectif constitue l'un des outils les plus efficaces pour réduire le tabagisme à long terme et rappellent que les restrictions introduites en Espagne en 2006 et 2011 se sont traduites par une diminution de l'exposition à la fumée dans les espaces publics fermés.
Une réforme avec un parcours parlementaire
Avant de devenir réalité, la réforme devra encore passer plusieurs phases de traitement. Le projet de loi devra être approuvé par le Conseil des Ministres et ensuite entamer son parcours dans les Cortes Generales, où les groupes parlementaires pourront présenter des amendements et modifier son contenu.
Tout indique, cependant, que le Gouvernement maintient sa volonté de faire avancer l'une des plus grandes réformes de la législation antitabac des quinze dernières années.
Si elle prospère finalement, fumer cessera d'être une scène habituelle sur les terrasses des bars et restaurants espagnols, un changement qui altérera des habitudes sociales profondément ancrées et qui remettra en question le droit individuel des fumeurs face aux politiques de protection de la santé publique.
Un débat qui divise également les partis
La réforme antitabac ouvre un nouveau front politique au Congrès, où le Gouvernement aura vraisemblablement besoin de soutiens pour faire avancer la modification de la loi.
Le PSOE, promoteur de l'initiative par l'intermédiaire du Ministère de la Santé dirigé par Mónica García (Sumar fait partie du Gouvernement de coalition), défend que l'élargissement des espaces sans fumée constitue une mesure de santé publique soutenue par des preuves scientifiques et par les recommandations d'organismes internationaux. L'Exécutif soutient que la réforme vise à protéger les travailleurs de l'hôtellerie, à réduire l'exposition involontaire à la fumée et à éviter que la consommation de tabac continue de se normaliser parmi les mineurs.
Sumar s'est également montré favorable à durcir la législation antitabac et, même, a défendu à plusieurs reprises d'élargir les restrictions à d'autres espaces publics, en ligne avec les politiques de prévention promues par d'autres pays européens.
Dans l'opposition, le Partido Popular n'a pas fixé pour le moment une position définitive sur l'interdiction de fumer sur les terrasses. Bien que le parti ait historiquement soutenu des mesures de lutte contre le tabagisme, certains dirigeants populaires ont réclamé que toute réforme soit traitée par le dialogue avec le secteur de l'hôtellerie et soit accompagnée de rapports techniques qui attestent de son efficacité et évaluent son impact économique.
Vox, pour sa part, a critiqué à plusieurs reprises l'augmentation des restrictions à la consommation de tabac, considérant qu'elles représentent une ingérence excessive dans les libertés individuelles. La formation défend que les terrasses sont des espaces ouverts et soutient qu'il appartient aux propriétaires des établissements de fixer les règles de fonctionnement dans le cadre légal.
D'autres formations, comme ERC, EH Bildu, BNG ou Más Madrid, ont traditionnellement soutenu le durcissement des politiques de santé publique liées au tabagisme, tandis que des partis comme Junts ou le PNV ont tendance à analyser ce type d'initiatives en tenant compte à la fois des critères sanitaires et de leur impact sur le tissu économique et compétitif.
Avec le soutien des organisations sanitaires et le rejet frontal d'une grande partie du secteur de l'hôtellerie, la future réforme se profile comme l'un des débats de santé publique ayant le plus grand impact social de la législature. Son traitement parlementaire permettra de vérifier dans quelle mesure il existe un consensus politique pour étendre les restrictions à la consommation de tabac à l'un des derniers espaces où fumer restait une pratique habituelle.